Quel est votre nom, voyageur ?
Eléasis (VIII) 1373, 2ᵉ chevauchée
   

Reply to this topicStart new topicStart Poll

> Chapitre 2 - Là où le Chant devient trace
  écrit le : Dimanche 04 Janvier 2026 à 14h40 par Azur'ael
Quote Post
 
Conteur des étoiles
Chambre 3
Aucune gemme
 Il n'y a pas d'objets
Haut
Bas
 
 

_____ Là où le Chant devient trace _______


Lorsque le Chant s’élève, ce ne sont pas toujours les voix que l’on entend en premier mais les silences qu’il laisse derrière lui...

Date : 1373 C.V — nuit sans lune
Lieu : Cormanthor oriental, bras supérieur de la rivière menant à Thalanthir
Moment : Nuit profonde, entre la troisième et la quatrième veille
Temps : Brume basse sur l’eau, forêt immobile, air saturé de résine et de feuilles humides
Température : ~17°C


Le fleuve reprit son cours. Sans heurt. Sans miracle visible. Comme si rien, absolument rien, n’avait changé.

Et pourtant.

Le Marcheur Ailé glissait désormais dans un silence différent, non plus celui d’un monde paisible, mais celui d’un monde attentif. Les rives du Cormanthor semblaient se tenir un souffle en retrait, comme si la forêt elle-même retenait son jugement. Les arbres n’étaient plus de simples témoins : ils observaient.

Le voyage vers Thalanthir se fit sans parole inutile. Chacun, à sa manière, portait encore l’écho du Chant, non comme un son, mais comme une pression intérieure, une résonance persistante qui refusait de s’éteindre. Chez certains, elle vibrait comme une promesse. Chez d’autres, comme un avertissement.

Les jours passèrent. Les nuits, elles, s’épaissirent. À mesure que le navire progressait, la lumière du ciel se faisait plus avare sous la canopée. Le feu semblait hésiter à brûler trop vivement, les ombres s’allongeaient au-delà de ce que dictaient les flammes, et certains bruits — pourtant familiers — arrivaient avec un léger retard, comme s’ils traversaient une eau invisible avant d’atteindre l’oreille.

Vëla le sentit très tôt. Non comme une menace, mais comme une attente. Sa prière du soir se faisait plus intérieure, plus ramassée. La Rose en elle ne flamboyait pas : elle veillait, braise contenue, prête à être appelée. Même dans le repos, sa main ne s’éloignait jamais vraiment de la garde de son épée longue, comme si le métal lui-même comprenait qu’ici, la vigilance était une forme de foi.

Siliriel Naïlo fut la première à changer ouvertement ses habitudes. Sans un mot, elle doubla les rondes nocturnes. Ses déplacements devinrent plus lents, plus circulaires, comme ceux d’un prédateur conscient d’entrer sur le territoire d’un autre. Ses yeux verts, striés d’or sombre, ne quittaient plus longtemps les hauteurs — les branches, les entrelacs de feuilles, les zones où la nuit semblait trop dense pour être honnête.

Seledra, quant à elle, passait de longues heures penchée sur les cartes anciennes et les relevés du Maître des Livres Oubliés. Certaines annotations prenaient enfin sens : des détours imposés, des passages volontairement évités, des mentions effacées qui ne parlaient pas de ruines… mais de regards.
De choses que l’on ne devait pas attirer.

Quant au prêtre-mage… Quelque chose autour de lui avait changé. Ce n’était ni visible ni mesurable. Mais le cristal qu’il portait ne vibrait plus de manière erratique : il répondait désormais. Parfois à la lune. Parfois à l’eau. Parfois… à rien de perceptible. Et surtout il y avait cette impression persistante.
Celle d’être devenu un point fixe dans un monde en mouvement. Non pas suivi. Mais repéré.

La quatrième nuit après le Chant, le Marcheur Ailé trouva refuge dans une anse étroite, presque dissimulée sous les racines démesurées d’un frêne ancien dont les branches semblaient vouloir boire la rivière. Les amarres furent posées avec soin. Aucune torche ne fut allumée à découvert. Les voix restèrent basses.

La forêt se tut plus tôt que de coutume. Les insectes cessèrent leur complainte avant minuit. Même le fleuve sembla ralentir son souffle. Siliriel s’immobilisa soudain. Un genou à terre. La main levée. Elle ne regardait ni Seledra, ni Vëla.
Son attention était entièrement tournée vers la proue… Vers là où se tenait habituellement le prêtre-mage. Son expression ne trahissait ni peur ni urgence.
Seulement une certitude froide, animale. Quelque chose, dans l’obscurité, venait de choisir. Il n’y eut pas de cri. Pas de sifflement audible. Pas même le claquement sec que l’on attendrait d’une attaque. Juste… une rupture.

Siliriel se projeta. Pas en avant. Pas vers l’ennemi. Mais vers lui. Son corps heurta violemment celui du prêtre-mage dans un mouvement désespérément précis, calculé au souffle près. Une fraction de seconde plus tard, un choc mat résonna contre le bois du bastingage. Quelque chose s’y était fiché, profondément, là où il se tenait encore un battement de cœur auparavant.

La chasseuse elfique eut un souffle court, brutal. Ses doigts se crispèrent convulsivement dans le tissu qu’elle avait agrippé. Puis son corps se raidit.
Ses jambes cédèrent, et elle s’effondra contre lui, tout son poids soudain mort, étrangèrement lourd. Ses yeux, encore ouverts, cherchaient quelque chose qu’ils ne semblaient plus parvenir à saisir.

Aucun assaillant ne se montra. Aucune voix ne triompha. La forêt demeura parfaitement immobile. Et dans ce silence absolu, Siliriel tenta de bouger une dernière fois… Mais son corps refusa d’obéir.



hrp.gif

HRP – Informations immédiates

La blessure est minuscule et extrêmement précise ; le projectile n’est plus visible. Il n’y a pas d’hémorragie, mais la zone est anormalement froide et la circulation semble bloquée. Siliriel est consciente, mais son corps ne lui obéit plus correctement. La blessure ne réagit ni comme une atteinte physique normale, ni comme un sort actif. Il n’y a pas d’aura magique perceptible, mais quelque chose entrave la réponse naturelle du corps, comme une loi interne altérée.

Le tir provient d’un angle impossible à déterminer.



user posted image

Mes PJs : Azur'ael, la gardienne des mystères ; Shalan le chevalier de la Seldarine ; Kuan Shen-li, l'archer spirituel
MG : Tenavril, Haut Dracosire de l'Œil du Dragon
 
 
   Top
PMEmail Poster
écrit le : Dimanche 04 Janvier 2026 à 19h04 par Vëla
Quote Post
 
 

Le contact de la main d’Aël’Telàwërith sur son épaule eut sur Vëla un effet plus profond qu’aucun serment brandi ou qu’aucune vision céleste. Jamais un elfe ne l’avait touché. Quelque chose, en elle, se posa.

La paladine resta immobile un instant, laissant les paroles du théurge descendre jusqu’au fond d’elle-même. Lorsqu’elle releva enfin le regard pour croiser celui de l’elfe, il n’y avait ni défi, ni soumission, ni ferveur excessive. Seulement une lucidité nouvelle et une acceptation rare, soutenue et véridique. Sur une teinte douce…


- Vous avez raison. - Dit-elle doucement. Sa voix n’avait plus la résonance vibrante du serment solitaire. Elle était plus basse, plus ancrée, presque fraternelle, puis elle poursuivit…- Toute ma vie, j’ai marché avec le « je ». Je protège. Je combats. Je tombe. Parce que c’est ainsi que l’on forge un paladin… et ainsi que l’on survit quand on est humain qui devient un être-humain. -

Elle posa à son tour sa main sur celle d’Aël’Telàwërith, geste lent, délibéré, empli d’affection et de respect. Non pour renverser un rapport, mais pour l’équilibrer.- Mais ce que le Chant m’a montré… ce n’est pas une voie de héros, c’est une trame et une trame ne tient pas sur un seul fil, aussi solide soit-il. -

Elle sentit des regards se poser, des souffles passer dans la cale. La rose, en elle, ne brûlait pas plus fort, elle s’accordait. Sa voix était devenue diaphane, en harmonie, simple, précise.

- Je ne vous suivrai pas comme une protégée et je ne vous demanderai pas de me suivre comme un seigneur. - Elle inclina très légèrement la tête, non pas une révérence, mais en signe de reconnaissance. Vëla ajoutait… - Si nos destinées sont liées, alors je marcherai avec vous. Je penserai en termes de « nous ». Je porterai les conséquences de vos choix comme vous porterez les miennes. -

Son regard glissa vers Seledra, puis vers Siliriel, embrassant le cercle entier. Investi entièrement, son aura pulsait doucement au même rythme que son cœur puis elle répétait les paroles du moine de l’Ordre du Corbeau, paroles qui avait été à la base de son apprentissage…- Le chœur n’est pas une addition de voix. C’est un renoncement commun à être seul. -

Elle se redressa les épaules, un peu plus, plus présente, plus réelle pour poursuivre…- Forcer la brèche serait trahir ce « nous » avant même qu’il n’ait existé. Je m’y opposerais, non par peur… mais par fidélité à ce que nous venons de fonder ici.-

Enfin, son attention revint vers Seledra et Siliriel.- Si l’étoile n’est pas une clé, mais une reconnaissance, alors elle ne s’imposera pas au seuil.
Elle demandera à être entendue. Comme « nous ». - Un mince sourire, presque imperceptible, passa sur son visage et son regard revint vers celui d’Aël’Telàwërith.- Alors oui. Allons à Thalanthir. Apprenons à parler juste… avant d’oser ouvrir. -

Et pour la première fois depuis longtemps, Vëla de Torm ne se sentit ni élue, ni égarée, ni seule.

Elle se sentit partie prenante.

Le temps passait et la jeune femme profitait de chaque inspiration dans cette forêt comme si cela était une bénédiction. Elle apprenait des elfes, devenant investis plus que jamais auparavant. Tous ses sens semblaient décuplés, tranquillement elle devenait le lieu. Siliriel aux sens plus développés savait, Vëla l’observait et apprenait et soudain, un souffle. Un seul, puis le monde reprit, non pas son cours, mais sa densité. Siliriel tombait, elle, qui était la chasseresse, avait été chassée.

Vëla était déjà en mouvement, sans cri, sans ordre lancés, sa vision du juste se fit en partant de l’endroit où un choc mat avait résonné contre le bois du bastingage puis instinctivement sa main allait sur la poigne d’Ô Sainte pour occire, mais quoi… l’œil humain ne lui permettait de voir l’invisible prédateur, il fallait espérer que celui de Torm le puisse. Elle était déjà à genoux avant même que le corps de la chasseuse n’ait fini de toucher le pont. Sa main quitta la poigne de l’épée pour se poser, ferme, à la base du cou de Siliriel. Un instant, deux. Le pouls était faible, mais étrangement régulier, comme contraint à une cadence qui n’était pas la sienne. Elle étudiait le pouls.


- Un poison. - Dit-elle en continuant d’observer à l’aide de son amant.

La rose en son cœur répondit par une douleur sourde, presque respectueuse. Quelque chose ici venait d’avertir, ceci observait plus que de vouloir tuer. Il fallait maintenant le voir pour ensuite décider de la suite, guérir Siliriel ou anéantir l’agresseur.

Vëla, dans un murmure à Siliriel…
- Ne lutte pas. - Dit-elle doucement. - Pas encore. –

Sa tête se relevait en déposant doucement la tête de Siliriel au sol, soit pour en appeler aux forces de Torm ou à Ô Sainte.




Perception du mal.Action libre.
Si elle voit quelque chose de mal avec la vision du juste, elle va attaquer avec Ô Sainte à deux mains, avec un châtiment du mal et don dévotion de la loi +4CA.

Si elle ne voit rien elle fait le sort 4niv. Neutralisation du poison sur Siliriel.



Je suis la chevalière Solitaire, non pas par peur des humains mais par respect des humains, par respect du silence des humains, par respect de l'intégrité des humains. Je m'achemine jour après jour vers le temple de mon coeur et le soleil s'y trouve, s'y féconde la Rose qui se déploie Chevalier d'O. Je regarde la Source, je devient Source, je coule Source... Telle est ta répétition mantrique, chevalière Solitaire.
Faire quelque chose à contre-coeur c'est faire quelque chose à contre courant; alors que être au coeur des Choses, c'est toujours être au courant.

user posted image

Fiche Vëla


1-Bénédiction*, Sacrifice divin, protection contre le mal*.
2-Éveil du péché*, Précision bénie*, Force du taureau*.
3-Soins modéré.
 
 
   Top
PM
écrit le : Dimanche 18 Janvier 2026 à 18h42 par Adlareth
Quote Post
 
 

Le Cormanthor avait ceci de trompeur qu’il inspirait, au premier regard, la quiétude et le recueillement. Une paix presque méditative, douce et enveloppante. Un piège grossier, pourtant. Car sous ces frondaisons millénaires, entre les racines noueuses et les ombres immobiles, sommeillaient bien des périls. Ici, quiconque se dissimulait devenait fatalement une proie. Et dans toute ombre tapie, il y avait nécessairement un prédateur à l’affût. Il ne fallait jamais en douter.

Et pourtant… il faisait bon vivre en ces lieux.
L’air était agréable, chargé d’humidité et de senteurs végétales. La rivière s’écoulait lentement, presque paresseusement, et à bord du Thimaeron régnait un silence respectueux. Moins par discipline que par instinct : celui de ne pas troubler une nature aussi luxuriante que sauvage, et surtout de ne pas attirer inutilement l’attention.

Les jours succédaient aux nuits, qui à leur tour engendraient de nouveaux jours. Durant ce temps suspendu, Aël’Telàwërith ne demeura pas inactif. Libéré du poids des contingences quotidiennes de Mythdaë, il consacra son esprit à l’amélioration de son arsenal magique. Il avait déjà longuement travaillé un sortilège permettant de respirer sous l’eau — pour lui-même comme pour ses compagnons — mais il lui restait à en parfaire les derniers arcanes.

Il se plongea ensuite dans l’étude d’un parchemin ancien, porteur d’un sort d’une rare utilité : celui qui permettait à son lanceur et à ceux qui l’accompagnaient de s’adapter aux lois d’un autre plan d’existence. N’ayant guère d’autres obligations, il s’y consacra pleinement, avec la patience méthodique qui le caractérisait.

En parallèle, il se tenait informé de l’avancée des recherches de Seledra, partageait ses repas avec l’équipage et ses compagnons, et respectait ses deux heures quotidiennes de rêverie, lové dans son hamac sous l’étroite — et vigilante — surveillance de Ry. Au cœur de la nuit, lorsque Sélune trônait au zénith, il adressait ses dévotions à Corellon Larethian.

Il n’avait pas manqué de remarquer le changement d’attitude de Siliriel. Plus le navire s’enfonçait dans le Cormanthor, plus elle devenait féline, tendue, presque sauvage. Cela ne pouvait que lui rappeler l’un des rares êtres qu’il osait appeler « ami ».
Yvae Starym lui manquait.

Il traquait un druide. Et, plus encore, il semblait avoir besoin de se retrouver lui-même. Les bouleversements avaient été nombreux dans son existence, et sa nouvelle vie de couple n’était sans doute pas de tout repos. L’amour sincère ouvrait bien des possibles… mais demandait parfois du temps. Et connaissant le caractère bien trempé des deux protagonistes, l’idée tira un sourire discret au théurge mystique.
Oui, Yvae lui manquait. Il aurait été un atout précieux dans cette aventure, comme il l’avait toujours été. Siliriel lui ressemblait, par certains traits, certaines postures, certains silences.

Autour d’eux, le Cormanthor changeait.
Presque imperceptiblement.

Les signes étaient si ténus qu’il aurait été aisé de les ignorer. Pour Aël’Telàwërith, le changement le plus évident résidait dans le cristal. D’abord animé de vibrations anarchiques, il s’était accordé au Chant, en avait épousé le rythme. À présent, il semblait répondre aux forces naturelles elles-mêmes : aux variations de l’éclat lunaire, aux courants de la rivière, aux souffles du vent…
À moins que…
À moins qu’il ne réagisse à tout autre chose.

À vrai dire, l’elfe du soleil avait cessé de poser trop de questions. Il n’en comprenait pas les mécanismes profonds, et l’évidence qui s’imposait à lui était simple : le cristal communiquait. Restait à savoir avec qui — ou avec quoi. Une question à laquelle seul un royaume entier pourrait peut-être répondre.

Cette nuit-là, la capitaine du Thimaeron ordonna le mouillage dans une petite anse, à l’abri des racines colossales d’un frêne qui avait sans doute contemplé plusieurs millénaires d’histoire. Au soleil couchant, l’endroit était d’une beauté saisissante. Ainsi protégés, on pouvait se croire en sécurité.
Tous savaient pourtant que ce serait une erreur fatale.

Des tours de garde furent établis. Deux embarcations légères furent mises à l’eau pour patrouiller le long des berges. Le reste de l’équipage put goûter à un repos bien mérité et à un repas chaud.

Comme à son habitude, Aël’Telàwërith se posta à la proue du navire. Il prit un long moment pour oxygéner son esprit. Ces derniers jours avaient été studieux, et lui aussi avait droit à un peu de répit.

Il ressentit alors une vague impression d’étouffement.
Les racines du frêne séculaire étaient si massives que le voilier paraissait ridiculement minuscule, presque englouti.

Chassant ces pensées, il partagea le repas de l’équipage. Sous les frondaisons épaisses, l’obscurité tomba rapidement. Aucun feu ne fut allumé à l’extérieur. Grâce à la vision elfique, cela ne posait guère de problème… du moins en apparence. Mais cette vision avait ses limites. À la faveur de la lune, l’environnement regorgeait d’ombres profondes, autant de caches potentielles. Un bataillon de drows aurait pu s’y dissimuler sans être jamais détecté.

Son repas terminé, Aël’Telàwërith retourna à la proue. Il attendrait le moment propice pour adresser ses prières à Corellon. L’air était frais, une brise à peine perceptible jouait dans ses cheveux blonds. Le concert des batraciens et des insectes s’élevait, promesse d’une nuit ordinaire, bercée jusqu’à l’aube.

À moins que…

Le temps sembla se figer.
Le vent s’éteignit.
Et le silence tomba.

Au cœur de cette forêt sauvage, ce silence était assourdissant. D’instinct, le théurge mystique se redressa lentement, cherchant l’origine de ce chaos docile.

Il perçut alors des pas précipités. Il n’eut pas le temps de se retourner.

L’impact fut brutal. Une masse le percuta de plein fouet, lui arrachant l’air des poumons. Il s’effondra lourdement, sonné. Quelque chose était agrippé à lui, l’empêchant de se relever. Une main. Un bras. Puis le visage crispé de Siliriel apparut dans son champ de vision.
Son regard mêlait incompréhension, effroi et supplication — comme si, à cet instant précis, il représentait son dernier espoir.

Le silence fut brisé par le cliquetis métallique d’une paladine en armure courant à toute allure. Le prêtre-mage leva les yeux, comprenant enfin : quelque chose de grave venait de se produire.




La voix de Vëla remit ses pensées en ordre.
Ils venaient d’être attaqués.

Siliriel l’avait senti avant que l’assaillant ne frappe, et s’était interposée pour le protéger.


— Capitaine ! Branlebas de combat ! Tout le monde à son poste ! Armez baliste et bombarde ! Archers, reculez d’un pas du bastingage !

Sans attendre, le Seigneur de Mythdaë chercha à mettre le plus d’hommes possible à l’abri. Il incanta un mur de force courant le long du bastingage. Ce ne serait qu’un répit, mais il leur fallait comprendre ce qui se passait.

, . .

Le zoomorphe adopta aussitôt la forme d’une petite chauve-souris et s’envola dans la nuit.

hrp.gif
Cliquez ici pour dérouler le parchemin...



user posted image

« Tourmenteurs d'esprits Tel’Quessir, craignez la colère de Corellon Larethian.

Réputation 1

PNJs : Aalric, Adlareth, Alyndra, Wefnesh
PJs : Dinenda, Elion d’Alusaire
 
 
   Top
PMEmail Poster
écrit le : Samedi 24 Janvier 2026 à 14h11 par Azur'ael
Quote Post
 
Conteur des étoiles
Chambre 3
Aucune gemme
 Il n'y a pas d'objets
Haut
Bas
 
 

Le silence ne se rompit pas. Il ne se brisa pas dans un cri, ni dans un fracas, ni même dans la panique ordonnée des marins courant à leurs postes. Il se transforma. Il devint dense. Épais. Presque matériel.

Le corps de Siliriel reposait désormais sur le pont, sa respiration courte, régulière d’une régularité inquiétante comme si quelque chose, en elle, battait la mesure à la place de son cœur. Ses doigts s’étaient crispés une dernière fois… puis plus rien. Ni lutte. Ni sursaut. Autour d’elle, le monde semblait retenir son souffle.

Seledra se rapprocha immédiatement de la scène d'agression pour venir au secours de la sœur elfique. Elle écouta avec la plus grande attention les premières informations données par la paladine et lui indiqua avec douceur et aussi fermeté qu'elle prenait les choses en main.


- Merci. Je m'en occupe. Soyez vigilante. L'ennemi peut encore frapper !


Ses mains fines se posèrent sur la poitrine de la chasseuse, puis glissèrent jusqu’à la blessure : une plaie discrète, presque élégante, à peine plus large qu’un doigt, dont le sang s’était arrêté trop vite pour être naturel. Les yeux dorés de la prêtresse se plissèrent imperceptiblement.

- Non… Pas comme ça.

Elle ferma les yeux et entonna une prière basse, presque inaudible, dont les syllabes semblaient se dissoudre avant même de toucher l’air. Une douce lueur argentée répondit à son appel, se diffusant lentement sous la peau de Siliriel, traçant un réseau de lignes lumineuses… qui s’éteignirent aussitôt, comme étouffées. Seledra rouvrit les yeux. Il n’y avait pas de panique dans son regard. Mais il y avait une certitude troublante.

- Ce qui la retient n’est pas une blessure ordinaire. Et ce n’est pas quelque chose que l’on chasse du corps.

Le silence, déjà pesant, s’épaissit encore. Ce n’était plus seulement l’absence de sons naturels — cela, les elfes savaient le reconnaître. C’était autre chose. Une attente lourde, presque intentionnelle. Le mur de force vibrait faiblement sous la pression invisible de la nuit, tandis que le Thimaeron dérivait lentement dans son anse, prisonnier des racines cyclopéennes et des ombres immobiles. La forêt retenait son souffle.

Puis, sans avertissement… Une nappe de brume se forma à tribord. Pas une vapeur ordinaire. Elle ne s’élevait pas : elle coulait, comme un liquide malsain, s’étalant sur le pont en volutes épaisses, lourdes, d’une teinte vert-jaune maladive, irisée de reflets malsains sous la lune filtrée par la canopée. Elle semblait naître de l’air lui-même, à quelques mètres du bastingage, avant de glisser lentement vers le centre du navire.

L’odeur arriva presque en même temps — âcre, suffocante, métallique. Une brûlure immédiate dans la gorge. Une pression dans la poitrine. Un marin toussa. Puis un autre. L’un d’eux tomba à genoux, pris de spasmes violents, les mains crispées sur sa poitrine.



- Brume toxique ! — cria quelqu’un, la voix déjà déformée par la panique.

La vapeur progressait contre le vent, ignorant les lois naturelles, rampant sur le bois du pont, s’insinuant dans chaque interstice, chaque écoutille mal close. Elle ne se dissipait pas. Elle avançait. Lentement. Méthodiquement. Siliriel, étendue au sol, eut un frisson involontaire. Son souffle déjà contraint devint encore plus fragile.

Vëla sentit la Rose réagir, non par la vision du Mal… mais par une alerte sourde, instinctive. Ce n’était pas une présence à frapper. C’était un environnement devenu hostile.

À la proue, Aël’Telàwërith perçut immédiatement l’anomalie. La magie à l’œuvre n’était ni sauvage ni chaotique. Elle était calculée, maintenue à distance, comme si quelqu’un observait leur réaction plutôt que de chercher une mise à mort immédiate.

Dans la nuit, Ry battit des ailes. La chauve-souris fila entre les branches, longea les racines géantes, balaya la rive, survola les ombres… Rien. Aucune aura. Aucune présence tangible. Aucun souffle de vie détectable. Comme si l’ennemi n’était pas là. Ou comme s’il avait pris grand soin de ne jamais l’être.


Lancers...



user posted image

Mes PJs : Azur'ael, la gardienne des mystères ; Shalan le chevalier de la Seldarine ; Kuan Shen-li, l'archer spirituel
MG : Tenavril, Haut Dracosire de l'Œil du Dragon
 
 
   Top
PMEmail Poster
écrit le : Mardi 27 Janvier 2026 à 18h58 par Vëla
Quote Post
 
 

La vision du juste ne lui permit pas d’apercevoir quoique ce soit, alors la paladinne allait en appeler aux forces de Torm, lorsqu’elle fut sommée de laisser Siliriel par Seledra. *Ainsi soit-il. * Dit-elle pour elle-même. Restant accroupie, elle reculait d’un pas pour laisser place à la soigneuse elfique tout en se plaçant un foulard sur la bouche puis son nez et son attention fut portée sur l’environnement.

Un rapide aperçut lui permit d’évaluer la situation : pas d’ennemi visible, seul ce brouillard nauséabond et devant ce constat valait mieux s’adapter qu’utiliser la force. Une entité observait et étudiait. Pour la paladinne, il fallait donc, théologiquement, attirer l’attention sur elle en assumant d’être la cible, s’il devait y en avoir une, s’appuyant sur sa santé divine et à sa grâce divine. L’ex-folle de Torm se levait hardiment en allant se placer entre Siliriel et la brume puis dictait alors…


-Nous n’emploierons pas la puissance pour écraser ce que nous ne comprenons pas. Approchez-vous de moi et derrière moi, le plus possible. –

Dit-elle en déployant son aura de bravoure et son aura de puissance telle une bulle de protection tout autour d’elle sur trois mètres. Puis de sa piété elle dessinait des arabesques devant son corps, faisait ainsi appel à son amant pour une bénédiction tout autour d’elle et lui demande à haute voix...

- Par la Rose et par Torm La Fureur Loyale, je réclame de savoir si ceci est épreuve ou transgression. –

Ses yeux pers perçaient la nature et les mystères pour saisir la source de ces effets néfastes. Était-ce poison, maladie, magie ou du royaume des morts?
Droite, solide et en posture de protection, elle dit devant elle…


-Ceci est une épreuve, pas un jugement. -

Défiant ainsi ce qui s’en prenait à eux et offrant un moment de répit aux autres.




Aura de bravoure, santé divine, grâce divine. Compétence, connaissances Nature et Mystère.Sort bénédiction sur 15m.



Je suis la chevalière Solitaire, non pas par peur des humains mais par respect des humains, par respect du silence des humains, par respect de l'intégrité des humains. Je m'achemine jour après jour vers le temple de mon coeur et le soleil s'y trouve, s'y féconde la Rose qui se déploie Chevalier d'O. Je regarde la Source, je devient Source, je coule Source... Telle est ta répétition mantrique, chevalière Solitaire.
Faire quelque chose à contre-coeur c'est faire quelque chose à contre courant; alors que être au coeur des Choses, c'est toujours être au courant.

user posted image

Fiche Vëla


1-Bénédiction*, Sacrifice divin, protection contre le mal*.
2-Éveil du péché*, Précision bénie*, Force du taureau*.
3-Soins modéré.
 
 
   Top
PM
écrit le : Samedi 31 Janvier 2026 à 11h37 par Adlareth
Quote Post
 
 

Sous le ciel constellé des larmes de Séluné, à peine discernable au travers de la voûte sylvestre, la nuit semblait immobile, presque bienveillante. Une brise légère glissait entre les haubans, faisant murmurer les cordages comme un souffle endormi. La rivière poursuivait sa lente course, indifférente, son clapotis régulier berçant le Tymaeron d’une illusion de paix. Aucun cri, aucun choc d’acier, aucun tumulte ne venait troubler cette tranquillité trompeuse.

Et pourtant.

Sur le pont du navire gisait le corps inerte d’une elfe.

Aël’Telàwërith sentit son regard se heurter à l’obscurité, prisonnier des ombres épaisses projetées par les racines titanesques du frêne. Où qu’il cherche, la nuit demeurait impénétrable. Même sa vision elfique se révélait vaine face à ces ténèbres poisseuses, comme si la forêt elle-même refusait de livrer ses secrets.

Il détourna alors son attention vers Siliriel.

Si un poison avait été employé, la paladine aurait dû en neutraliser les effets. Elle en avait le pouvoir, la foi et la volonté. Et pourtant… la fille de Corellon gisait toujours sur les planches humides, immobile, étranglée par une respiration laborieuse.

Ses yeux lavande balayèrent le reste du pont, à l’affût d’autres victimes. Par la Seldarine, il n’en vit aucune. L’attaque n’avait pas été aveugle.

Elle avait été ciblée.

Et la cible, c’était lui.

Sans l’intervention héroïque de la ranger, c’est son propre corps que l’on aurait retrouvé étendu là, vidé de toute vie. Avait-il péché par confiance ? S’était-il exposé inutilement en se tenant à la proue, silhouette offerte aux ténèbres, cible idéale ? Était-ce le simple caprice d’un destin cruel… ou l’aboutissement d’une traque silencieuse ?

Ils se savaient observés depuis un moment déjà. Siliriel, plus que quiconque, avait perçu ces regards invisibles, cette présence tapie à la lisière de leur vigilance. Alors pourquoi frapper maintenant ?

Pourquoi ici ?

Pourquoi lui ?

Il fut tiré de ses pensées lorsque Seledra prit les choses en main. La prêtresse s’agenouilla auprès de sa suivante, ses gestes précis, maîtrisés, mais empreints d’une urgence contenue. L’état de Siliriel était critique. Elle respirait, oui… mais chaque inspiration semblait un combat. Son corps refusait de répondre, prisonnier d’un engourdissement inquiétant. Seuls ses yeux demeuraient vifs, trop vifs même. La peur y brillait, nue et sincère.

Pourtant, malgré l’impuissance apparente, Aël’Telàwërith refusa de céder au fatalisme. Siliriel n’était pas de celles qui abandonnent. L’Arvandor devrait encore attendre.

Quant à Seledra, tout en elle trahissait une volonté farouche. Elle savait quoi faire. Et surtout, elle croyait pouvoir réussir. Cette certitude, fragile mais tenace, fut le point d’ancrage auquel le théurge mystique s’accrocha.

Le temps sembla alors se figer, suspendu à la prière murmurée par la servante du Premier de la Seldarine. Le silence devint pesant, presque oppressant. Lorsque Seledra releva enfin les yeux pour poser sur lui un regard froid et mesuré, Aël’Telàwërith sentit un frisson lui parcourir l’échine. Il adressa à son tour une brève supplique au Seigneur de Mythdaë, implorant sa miséricorde.

Il n’eut pas le loisir d’aller plus loin.

Un cri fendit la nuit.

Aigu, brutal, il brisa l’illusion de calme et alerta aussitôt tout l’équipage. L’escarmouche n’avait été qu’un prélude. L’assaut se poursuivait, insidieux, silencieux… et sans doute mortel. La brume qui s’élevait autour du navire n’avait rien de naturel. Sa teinte malsaine, sa progression rampante, son odeur âcre inspiraient un profond malaise. Y demeurer revenait à s’exposer à une asphyxie lente et certaine.

Il lui fallut faire un rapide point de situation.

Les canots avaient été mis à l’eau. Il espérait qu’ils avaient réussi à échapper à la brume. Plus légers, plus manœuvrables, capables de rejoindre rapidement la rive, ils représentaient une chance réelle de survie.

À bord du Tymaeron, en revanche, la situation était autrement plus critique. Une blessée incapable de se déplacer, un équipage piégé entre les racines et la brume, sans réelle voie de fuite. Hisser les voiles prendrait trop de temps. Les rames étaient inutilisables. Sauter à l’eau revenait à s’enfoncer dans ce nuage mortifère.

Deux options s’imposaient à son esprit.

La première : recourir à la magie pour dissiper le sortilège. Son mur de force, déjà en place, continuerait de protéger l’équipage. Et pourtant… une intuition persistante le retenait. S’ils avaient voulu les tuer, cela aurait déjà été fait. Quelque chose — ou quelqu’un — les observait depuis des jours. Mille occasions d’agir s’étaient présentées. Aucune n’avait été saisie.

Pourquoi maintenant ?

Était-ce une épreuve ? Un test ? Et puisqu’il semblait avoir été la cible initiale… était-ce lui que l’on jaugeait ?

Il n’était pas prêt à dévoiler toute l’étendue de ses pouvoirs.

La brume léchait désormais le sol, s’insinuant entre les racines tandis que la pinasse dérivait lentement. Rester sur le pont n’était plus envisageable. S’il refusait d’employer sa magie pour contrer directement le sort, il devait trouver une solution plus… naturelle.

Abandonner le navire. Temporairement.

La brume demeurait plaquée au sol. Il suffisait de prendre de la hauteur pour y échapper. Tous ne pourraient se réfugier dans les mâts, mais les racines, jadis perçues comme des entraves, devenaient une voie de salut. À l’aide des grapins d’abordage, l’équipage pourrait s’y hisser, hors de portée de la brume, tout en conservant la capacité de défendre le Tymaeron.

Avant de donner l’ordre, toutefois, il devait s’assurer de ne pas tomber dans un piège plus cruel encore. Sa connaissance des arcanes et des pouvoirs divins devait lui permettre d’identifier la nature exacte du sort à l’œuvre.
Ry n'ayant rien trouvé, le théurge mystique le rappela en lui demandant de se poser en tête de mât et de poursuivre sa veille.

Il se concentra.

Et si le Seigneur de Mythdaë percevait le moindre danger imminent pour l’équipage, alors l’ordre serait sans appel : abandon du navire.

Siliriel ne pouvant évacuer par ses propres moyens, il l’emporterait avec lui. Ainsi que Vëla et Seledra.

Quoi qu’il en coûte.


hrp.gif
Cliquez ici pour dérouler le parchemin...


Le fin visage de l’elfe du soleil, qui jusqu’alors avait su conserver une implacable sérénité de façade, se figea lorsqu’il prit pleinement la mesure de l’instant. Il n’y avait plus place pour le doute : cette maudite brume rampante tiendrait ses promesses.

Sa couleur maladive, son odeur âcre, sa manière même de progresser, lente et obstinée, étaient autant de serments d’une mort longue, douloureuse, et surtout inéluctable. Retenir son souffle ne servirait à rien. Chaque seconde passée dans ses bras assassins les rapprochait un peu plus d’une fin affreuse.

Il n’y avait plus un instant à perdre.

Le Tymaeron avait été l’œuvre de nombreuses lunes de labeur acharné dans les chantiers navals de Mythdaë. Des tonnes de bois — pour la plupart importées de la Haute-Forêt —, et le savoir-faire d’artisans volontaires qui avaient œuvré avec abnégation à cette réalisation magistrale. Véritable trait d’union entre l’art humain et elfique, le navire combinait le meilleur des deux mondes sans en porter tous les travers.

Aussi colossal fût ce travail, il ne vaudrait jamais la vie d’un seul Tel’Quessir.

La décision s’imposa sans effort. Sa voix porta, claire et impérieuse, écrasant toute hésitation, outrepassant même l’autorité de la capitaine.




Il s’assura l’espace d’un bref instant que ses ordres soient compris — et surtout exécutés. Les marins saisirent immédiatement l’urgence de la situation. Sur certains visages se lisait même un soulagement coupable : une issue existait encore.

Les premiers grappins fusèrent dans la nuit, cherchant à mordre le bois noueux des racines géantes. Fixées aux bastingages, les cordes devinrent à la fois ponts de fortune et amarres précaires. Les elfes gagnaient de la hauteur, et le navire, maintenu en place, resterait là jusqu’à la dissipation du sortilège.

Un avantage stratégique s’y ajoutait : dispersés, les Mythdaniens seraient bien plus difficiles à atteindre. Leur capacité de réaction s’en trouverait accrue, loin de la promiscuité mortelle du pont.

Dès qu’un marin atteignait une corde, il s’y accrochait et entamait son ascension, libérant aussitôt la place pour le suivant. Tous obéissaient… sauf une silhouette.


Capitaine. Cela vaut aussi pour vous. Je suis votre Seigneur et je vous ordonne de quitter le navire. Ne m’obligez pas à vous relever de votre commandement. Quittez le bord. Nous y reviendrons très vite, et j’aurai besoin de vous.

Depuis qu'il était à la tête d'une cité insulaire, il s'était forcément intéressé à la navigation. Et il avait très vite compris qu'un Capitaine n'abandonnait pas son bateau. En lui donnant spécifiquement cet ordre, il lui offrait l'opportunité de devoir obéir à son Seigneur, avant même de ses devoirs de Capitaine, elle était sa sujette.

Son attention se porta ensuite sur la paladine.

L’aura de bonté et de pureté qui émanait d’elle baignait l’espace alentour, presque palpable. Dans son armure, elle semblait taillée pour la bataille, droite et inébranlable, dressée comme un rempart face à la brume. Cette présence avait quelque chose d’apaisant, une bénédiction silencieuse dont Aël’Telàwërith avait tiré le répit nécessaire pour prendre ses décisions.

Mais il ne se faisait aucune illusion.

Les protections divines de la paladine de Torm risquaient d’être bien dérisoires face à cette mort rampante, poursuivant son inexorable avancée.


— Vëla. VËLA. Venez avec moi. Nous allons nous mettre à l’abri. Il est inutile de rester exposées à cette mort promise. Venez. Je vous emmène. Aidez Seledra avec Siliriel et accrochez-vous à moi. Nous partons.

Profitant de ces instants fébriles, Aël’Telàwërith observa les hauteurs à la recherche d’un point d’accueil sûr. Là-haut, l’obscurité se faisait moins oppressante. Le clair de lune et les étoiles dessinaient les racines sur l’écran nocturne. Dans cet enchevêtrement colossal de bois millénaire, les plateformes naturelles ne manquaient pas.

Lorsque Siliriel fut solidement maintenue par ses deux compagnes — elles-mêmes agrippées au prêtre-mage —, il entama l’incantation.

Sa voix était limpide, presque chantante, bien qu’il ne murmurât que quelques mots. À chaque souffle, une mèche blonde oscillait doucement. Une porte dimensionnelle s’ouvrit, silencieuse, et sans la moindre hésitation, ils la franchirent ensemble.

Le voyage dura moins qu’un battement de cil.

Ils atteignirent le point choisi. Depuis s’être retrouvé, par deux fois, enseveli sous la terre et sous la glace, il mémorisait ce sort chaque jour, sans exception.

Une fois en sécurité sur une racine massive, large de plusieurs mètres, il reporta aussitôt son attention vers le champ de bataille.


¤ D’où était partie cette brume ? ¤

Le mage qui l’avait invoquée ne devait pas être loin. Ou peut-être était-il à la fois proche et lointain, inaccessible… et pourtant tout près. Sur un autre plan, peut-être. Car l’invisibilité seule n’aurait jamais suffi à échapper à des yeux capables d’en déchirer le voile.

. . . . . . .

Dans le même temps, il assista à la fin de l’évacuation d’urgence. Le Tymaeron était désormais suspendu entre ciel et racines, abandonné mais encore tenu.

L’instant de l’action brute laissait place à celui, plus dangereux encore, de la réflexion.

La brume resterait en place un moment… puis disparaîtrait.

Le plat des entrées avait déjà été copieux.

Aël’Telàwërith se demandait maintenant ce que l’on leur réservait en plat de résistance. Et surtout, s’il saurait l’avaler sans s’y briser.

Ignorant l’identité de l’ennemi, ses motivations, ses limites, tout pronostic relevait de la pure témérité. Quelque chose les observait encore. Jaugeait leurs réactions. Mesurait leurs choix.

Pour l’heure, toutefois, l’urgence avait repris un nom.

Siliriel.


hrp.gif
Cliquez ici pour dérouler le parchemin...



user posted image

« Tourmenteurs d'esprits Tel’Quessir, craignez la colère de Corellon Larethian.

Réputation 1

PNJs : Aalric, Adlareth, Alyndra, Wefnesh
PJs : Dinenda, Elion d’Alusaire
 
 
   Top
PMEmail Poster
écrit le : Mercredi 04 Février 2026 à 21h13 par Azur'ael
Quote Post
 
Conteur des étoiles
Chambre 3
Aucune gemme
 Il n'y a pas d'objets
Haut
Bas
 
 

La racine accueillit leur arrivée dans un craquement sourd, profond, presque organique. Sous leurs pieds, le bois millénaire vibrait encore faiblement, comme si l’arbre lui-même enregistrait leur passage. À cette hauteur, l’air était plus respirable. Plus frais. Moins saturé par l’âcreté de la brume qui continuait de ramper sur le pont du Tymaeron, engloutissant peu à peu le bois, les cordages, les balistes abandonnées. En contrebas, le navire n’était plus qu’une masse sombre à demi noyée dans un brouillard vert-jaune malsain.

Siliriel fut déposée avec précaution contre une excroissance naturelle de la racine. Son corps demeurait étrangement calme. Sa respiration… trop régulière.
Son pouls… présent, mais contraint, comme maintenu par une force extérieure.
Ses pupilles réagissaient à la lumière — lentement. Elle vivait. Mais quelque chose la tenait. Seledra s’agenouilla aussitôt près d’elle. Cette fois, elle ne tenta pas un simple appel divin. Elle posa son front contre celui de la rôdeuse, ferma les yeux, et laissa Corellon guider ses mains. Un cercle de glyphes elfique ancien se dessina brièvement sous ses doigts, luminescent, presque translucide. Elle inspira longuement. Puis expira.

La lumière se répandit à nouveau sous la peau de Siliriel… et cette fois, elle ne s’éteignit pas immédiatement. Elle vacilla. Résista. Puis s’accrocha. Siliriel eut un spasme bref, ses doigts se crispèrent, un souffle rauque franchit ses lèvres. Ses yeux s’ouvrirent d’un battement lent. Pas de parole.
Mais une conscience revenue fragile, tremblante. Seledra recula d’un demi-pas. Son visage était pâle.


- Je l’ai stabilisée. Pas guérie. Pas libérée. Ce n’est pas un poison ordinaire. Ce n’est même pas seulement une substance. C’est… une empreinte. Quelque chose s’est accroché à ses flux vitaux. Comme une clé plantée dans une serrure qui ne lui appartient pas.

Elle leva les yeux vers Aël’Telàwërith.

- Je peux empêcher la propagation. Je peux maintenir son âme ancrée à son corps. Mais je ne peux pas briser cela ici. Pas sans comprendre la matrice magique employée.

Autour d’eux, les elfes de Mythdaë prenaient position sur les racines, arcs bandés, regards scrutateurs, répartis en demi-cercle défensif. Plus personne ne parlait fort. Même Vëla sentit que ce n’était plus une bataille. C’était une partie d’échecs. La brume continuait sa lente dérive sous leurs pieds. Puis presque imperceptiblement elle commença à se dissiper. Pas brutalement. Pas comme un sort brisé. Elle se diluait comme si celui qui la maintenait relâchait volontairement sa prise.

Ry revint peu après, se posant près de son maître, ses ailes encore tremblantes.
Aucun point d’origine clairement identifiable. Mais quelque chose d’important :

Le familier avait perçu un résidu arcanique précis, extrêmement propre, sans débordement. Un lancement à distance. Contrôlé. Calculé. Et surtout… L’énergie ne portait pas la signature d’un lanceur pressé. C’était une invocation faite sans urgence. Comme un test.

Dans le silence revenu, Seledra murmura :


- Ils savent maintenant comment nous réagissons.

Un temps. Puis plus bas encore :

- Et ils savent que Siliriel est prête à mourir pour vous.

La forêt ne bougeait plus. La brume disparaissait. Le Tymaeron attendait, vide, suspendu. Quelque part, loin sous la canopée…quelqu’un avait pris des notes.



user posted image

Mes PJs : Azur'ael, la gardienne des mystères ; Shalan le chevalier de la Seldarine ; Kuan Shen-li, l'archer spirituel
MG : Tenavril, Haut Dracosire de l'Œil du Dragon
 
 
   Top
PMEmail Poster
écrit le : Dimanche 08 Février 2026 à 11h53 par Adlareth
Quote Post
 
 

Le contraste était saisissant. Autant la nuit était d’un calme serein, autant l’esprit du théurge mystique était en ébullition. Il lui semblait que l’ordre d’évacuer le navire eut été suivi malgré la situation chaotique. L’équipage avait su faire montre de sang-froid. Tous les marins avaient fait preuve d’une belle organisation et d’une cohésion prouvant l’habitude qu’ils avaient d’œuvrer ensemble. La solidarité des uns avec les autres avait fait le reste et c’était dans un calme relatif que le timaeron avait été déserté.

Maintenant que l’équipage s’étaient déployé pour assurer la protection de la pinasse, il serait plus compliqué de coordonner la troupe. S’ill y en avait bien un qui n’avait pas ménagé sa peine, s’était bien Ry. Le zoomorphe avait pris un rôle capital en matière de renseignement. Discret, rapide, le familier usait de toutes les formes animales avantageuse pour mener à bien ses missions. Cette fois encore, il aurait une action déterminante pour la suite. Il fallait reprendre la direction des opérations, mais Aël’Telàwërith n’avait pas réellement le loisir de s’en occuper lui-même.

La magie les avait transportés jusqu’à ce havre éphémère. Visiblement tout le monde semblait avoir bien supporté le voyage. Seledra s’était immédiatement mise au chevet de sa camarade. Usant des pouvoirs conférés par la Couronne d’Arvandor, elle tentait d’améliorer le sort de Siliriel.

Vëla n’avait visiblement pas souffert de la brume, bien qu’elle se fût dressée devant elle, tel un rempart à la mort promise. La preuve d’abnégation, de courage et de loyauté avait bel et bien été remarqué par le prêtre-mage. La paladine n’avait pas paniqué. Il était évident qu’elle n’en était à sa première surprise. Le seigneur de Mythda ë avait déjà eu brièvement à faire avec un paladin de Corellon Larethian. Shalan Symbaern était un modèle qui faisait honneur à son illustre clan. L’humaine n’avait pas à rougir de la comparaison. C’était de très bon augure pour affronter la suite des défis qui ne manqueraient pas de se dresser contre eux.


Le seigneur de Mythdaë profita de cet instant de répit pour faire le plein d’un air plus frais et nettement plus sain. Prenant de longues inspirations, il tentait à la fois d’en maîtriser le rythme pour tenter de retrouver le calme nécessaire à la lucidité. Dans le même temps, il essayait de purger ses poumons avec de l’air frais et chasser cette odeur pestilentielle. Ses yeux lavande firent un rapide tour d’horizon.

Sur l’eau, il n’y avait plus aucune agitation. Tous ceux qui étaient en mesure de le faire avaient gagner un poste de combat improvisé. L’eau de la rivière s’écoulait toujours paisiblement, même si elle disparaissait en partie sous la nappe de brouillard écœurant. Elle n’en était pas perturbée. La scène était d’une quiétude presque irréelle tant la situation était contraire à ce sentiment.


Comme il l’avait pensé, le sortilège se dissipa et la brume jaunâtre s’évapora lentement. Levant son voile mortel pour laisser la place à la source de vie que représentait l’eau douce.

Le navire ne respirait pas, il avait donc été épargné par la nocivité de la brume. Il était parfaitement intact et prêt à l’emploi. D’où il était, il lui était difficile de faire un point de situation. L’équipage s’étant dissimulé dans les racines avec l’art de la dissimulation dont ils pouvaient faire preuve, il était difficile de les localiser. En outre, le mage-prêtre n’avait guère le temps pour ça.



Une petite chauve-souris virevolta un moment au-dessus d’eux. Le lien qui unissait l’elfe d’or et le zoomorphe était tel qu’Aël’Telàwërith savait très bien à quoi s’en tenir. La chauve-souris passa proche du sol pour reprendre sa forme originelle d’un gros chat noir.

Ry fit son rapport et ses dires ne firent que confirmer ce que pensait son maître. Ce lanceur avait la capacité de pouvoir lancer ses sortilèges à distance. Une belle prouesse, il fallait l’admettre. Comme, il lui fallait bien admettre que leur adversaire devait être possiblement bien plus puissant que lui.

Magie contre magie, ils avaient de grandes chances de connaître la défaite. Il fallait donc user de stratégies fines. Appliquer une tactique sans faille, pour espérer avoir une chance de sortir vivant de ce test grandeur nature.



, . . . ? ? . . , . . !

Ce fut sous la forme d’une chouette aux grands yeux blancs, que le zoomorphe déploya ses ailes pour se laisser tomber dans le vide et prendre facilement son envol.


Les marins n’auraient qu’à descendre les amarres qu’ils avaient grimpé pour regagner le bateau. Quant à eux... ils n’avaient pas de corde pour redescendre. La magie les avait conduits jusque-là, elle ne les ramènerait pas à bord.

A supposer que l’état de Siliriel lui permette de bouger seule, il fallait trouver une voie sûre pour retrouver le bateau en cas de besoin. Il pourrait toujours user de sa téléportation, mais il préférait garder cette carte en cas d’extrême urgence.


Les paroles qu’avaient proférées la prêtresse n’étaient guère rassurantes. La magie divine semblait marquer le pas. Il y avait autre chose et cela intéressa au plus haut point le théurge mystique. Non seulement il pourrait peut-être identifier le mal dont souffrait la tel’quess, mais aussi apprendre quelque chose sur leur ennemi, ou tout du moins leur adversaire.

Le seigneur de la Cité Blanche pencha légèrement sa tête sur le côté et adressa un sourire confiant à sa consœur. Tout n’était pas perdu, et il voulait qu’elle le sache, même s’il au fond de lui, il n’était pas forcément convaincu de pouvoir lutter contre cette emprise s’imposant à Siliriel.

Il se tourna vers la paladine de Torm. Son regard avait changé. Il était devenu dur et froid, pas en colère, mais affichait une détermination sans faille. Ils avaient été surpris. La surprise était maintenant passée et il allait falloir se préparer au prochain assaut. Ça passait par trouver un moyen de redescendre sans magie.


- Est-ce que tu peux nous trouver une voie pour regagner une des amarres ? Nous devrions éviter d’user de trop de pouvoir. On nous test, et il ne parait pas opportun de dévoiler toutes nos cartes d’un seul coup. Que la Seldarine et la Triade veille sur toi, Vëla de Torm.


Puis, il répliqua aux mots de la prêtresse de Corellon Larethian. Elle était visiblement et légitimement inquiète. Alors, elle voyait le verre à moitié vide. Sa vision des choses, sans qu’elle soit idyllique restait différente. Il n’était tout à fait d’accord avec elle. Lorsqu’il s’adressa à la prêtresse sa voix était bienveillante et se voulait rassurante.



Une idée germait dans son esprit. Elle avait éclos, il y avait peu et faisait son petit bonhomme de chemin. Ils n’avaient à priori pas d’ennemi connus ici. Il n’y avait aucune raison valable de vouloir s’emparer de la pinasse. Il n’y avait personne ici pour monter dessus. Aucune raison de vouloir réellement les tuer.

Regroupé comme ils l’étaient à bord, il y avait une belle palette de pouvoirs ou de sorts capables de faire beaucoup plus de victime, même en voulant conserver le bateau intact. Alors cela avait forcément à voir avec cette quête. Avec le Chant et il semblait prématuré qu’un ennemi potentiel se soit déjà rendu compte de leurs intentions, alors qu’ils n’en étaient qu’au tout début de cette intrigue. D’ailleurs les intentions en question n’étaient toujours pas très claires pour lui, alors pour un potentiel ennemi...

Finalement la seule chose qui lui semblait avoir un sens. Étaient-ils dignes de pénétrer dans Thalantir ? Devait-on faire confiance aux Voix et leur ouvrir le passage ? Evidemment cela restait à confirmer et ça n’était qu’une piste de réflexion. Il s’en ouvrirait aux autres, mais pas avant d’avoir quelques menues précautions. Tous avaient été d’accord sur le fait qu’il ne fallait tenter d’user de la force pour ouvrir la passe de Thalantir. C’est très exactement ce qu’ils venaient de faire. Echapper à la situation sans effusion de sang et sans violence.


- Cela dit, vous avez raison sur une chose. Siliriel était prête à donner son existence pour sauver la mienne. Si je puis l’attendre de la part de l’un de mes sujets, il n’en était rien en ce qui la concerne. Je mesure toute l’ampleur de son geste héroïque, croyez-moi, s’il vous plait. Son geste ne sera jamais oublié, Mythdaë et toute la Confrérie lui doivent beaucoup. Encore que vous vous trompassiez sur une chose.

Il abandonna temporairement la bienveillance dans les intentions de sa voix. Son visage fin et grâcieux tourné vers la prêtresse, il eut la même détermination inébranlable qu’il avait eu lorsqu’il se fut adressé à la paladine.

- Nous sommes des Gardiens Sylvestres. Nous sommes une seule et même famille. Nous sommes tous très différent les uns des autres, pas les mêmes races, pas les mêmes dieux, pas les mêmes cultures et pourtant. Pourtant nous œuvrons tous pour la même chose. La défense de cette nature berceau de la vie et héritage acquis de longues date que nous nous devons de transmettre aux générations futures. Nos différences, c’est notre force. Unis, nous formons une famille. Oui, une famille dans laquelle chacun d’entre nous est prêt à donner sa vie pour celle de son frère ou de sa sœur. C’est notre faiblesse, tout autant que notre plus grande force. Oui, il sait que Siliriel était prête à donner sa vie pour moi. Il ignore que c’est le cas pour chacun d’entre nous. Tu vois sœur Seledra, il est encore très loin de savoir comment nous réagissons. Mais répondons encore à une de ces questions. Il est grand temps !


S’agenouillant à côté de Siliriel, il posa délicatement sa main fine aux longs doigts ornés d’anneaux magiques sur le front de l’elfe. Comme un père protecteur l’aurait fait pour sa fille, comme un amant pour son amoureuse. Un geste plein de tendresse et de précaution.

- Ty’athalae, mon enfant. Ty’athalae.

De ses yeux en amande émana une légère lueur bleutée. C’était à peine perceptible. Maintenant, il voyait le monde qui l’entourait de façon toute différente. Toutes les auras magiques à l’œuvre dans un rayon de trois pieds de dragons lui étaient désormais révélées.

Il y avait quelques temps, il avait appris à rendre certains sortilèges permanant. Il pouvait voir la magie comme peu le pouvait. Qu’elle soit divine ou profane, ça ne faisait aucune importance pour lui. Ces deux sources de pouvoir n’en faisaient pour ainsi qu’une pour lui. Et, il n’avait besoin de faire aucun effort pour cela.

Le prêtre-mage fit appel à ses connaissances dans les arts de la magie. Peut-être arriverait-il à comprendre ce qui était à l’œuvre et son espoir était surtout de pouvoir y mettre un terme et libérer l’enfant de Corellon étendu sur ce lit de mousse recouvrant l’énorme racine.

hrp.gif
Cliquez ici pour dérouler le parchemin...



user posted image

« Tourmenteurs d'esprits Tel’Quessir, craignez la colère de Corellon Larethian.

Réputation 1

PNJs : Aalric, Adlareth, Alyndra, Wefnesh
PJs : Dinenda, Elion d’Alusaire
 
 
   Top
PMEmail Poster
écrit le : Mardi 10 Février 2026 à 22h50 par Vëla
Quote Post
 
 

Vëla ne répondait pas tout de suite, s’étant agenouillée près de Siliriel, sans la toucher, elle aussi observait. Elle ne le fit pas hésitation, mais par respect. La paladine observait la rôdeuse comme elle aurait observé un champ de bataille après la tempête, pour saisir et comprendre ce qui a tenu… et ce qui a cédé.

Quand Seledra prononça les derniers mots, quelque chose changea chez l’ex-folle de Torm. Ce n’était pas une flambée de colère, ni même une réaction héroïque, au contraire, c’était une mise au point. L’aura de bien et de loi qu’elle portait, habituellement contenue, ne s’étendait pas davantage, mais elle devint plus nette, plus tranchée. Impossible à ignorer pour quiconque regardait depuis ailleurs.

Elle répondit à Seledra sans la regarder, et ce, dans un murmure, mais chaque mot trouva sa place.
- Ils savent, oui. - Son regard était tourné vers la forêt, sans point précis. Elle regardait la forêt entière et ajoutait…- Et maintenant, ils savent aussi ceci. - Elle posa une main ouverte sur sa poitrine, là où battait son cœur. - Nous n’avons pas paniqué, n’avons pas frappé à l’aveugle et n’avons pas abandonné l’une des nôtres pour sauver le reste. – Elle prit un souffle puis… - Et nous ne jouerons pas à mourir selon leurs règles. -

Elle tournait légèrement la tête vers Aël’Telàwërith. - S’ils veulent nous observer, qu’ils observent, ils verront un groupe qui avance encore, néanmoins ensemble, et sans céder ni à la peur, ni à la provocation. - Puis, presque comme une prière, mais adressée à ceux qui écoutaient sans se montrer… - Vous avez marqué l’une des nôtres. Ne recommencez pas en pensant que cela nous divisera. La prochaine fois, vous devrez parler, ou accepter que nous continuions sans vous. -

Pour la paladinne c’était une invitation sans masque et elle venait de confirmer au quelque chose, quelque part, que Vëla de Torm n’était pas une variable, mais une constante.

Vëla accueillit les paroles d’Aël’Telàwërith avec un bref signe de tête qui n’était pas une révérence, mais une reconnaissance entre égaux. La bénédiction invoquée glissa sur elle comme une armure invisible; Torm n’était pas un dieu de consolation, mais de devoir tenu, et cela lui allait parfaitement.

Elle observait la racine où ils étaient, la pente, la hauteur, les entrelacs de bois et de lianes avec l’œil d’une combattante habituée aux terrains impossibles et non comme une prêtresse cherchant un signe, juste comme une femme cherchant un chemin praticable.

- Oui, répondit-elle simplement. Il y a une voie, là, pas la plus rapide, mais la plus sûre. -

Elle s’avançait de quelques pas, posait une main gantée contre l’écorce immense. Le bois n’était pas lisse. Il offrait des aspérités, des nœuds, des cassures anciennes, autant de prises naturelles que seuls ceux qui savaient lire un terrain pouvaient voir. Son regard suivit une ligne oblique descendant vers le fleuve, là où plusieurs racines secondaires plongeaient en cascade vers l’eau.- Les amarres sont là-dessous. - Expliqua-t-elle en désignant une zone noyée d’ombres.- Les marins ont grimpé par nécessité, alors redescendre sera plus simple… si quelqu’un ouvre la voie. - Elle se tourna vers le groupe.- Une descente en biais, pas à la verticale. Un à la fois. Siliriel en dernier… et attachée, car à portée de bras, le moindre faux pas serait fatal. -

Elle marqua une pause, puis ajouta, d’un ton plus bas…-Je descendrai en dernier et tiendrai Siliriel pour vous la passer. Si quelque chose tente encore de « tester » notre réaction… alors il me trouvera sur son chemin. -

Ce qui semblait être une bravade était, en fait, une répartition des risques.
Quand Aël’Telàwërith se mit à voir la magie, Vëla ne détournait pas le regard. Elle savait ce que cela signifiait, il jouait sur le terrain de l’ennemi, mais elle restait ancrée dans le monde réel, là où le bois casse, où les cordes brûlent les mains, où les corps tombent s’ils sont mal assurés.

Un dernier regard vers Aël’Telàwërith.
- Vous avez raison, seigneur de Mythdaë. On nous observe.- Un mince sourire, dur, résolu, s’affichait sur le visage autrefois mélancolique…- Alors, montrons-leur aussi ceci, nous savons avancer sans artifice… et sans nous briser. -

La Rashéménienne de l’Ordre du Corbeau laissait le groupe entamer la descente puis elle s’occuperait de retenir Siliriel de façon méthodique, solide, avec des gestes mesurés.



Je suis la chevalière Solitaire, non pas par peur des humains mais par respect des humains, par respect du silence des humains, par respect de l'intégrité des humains. Je m'achemine jour après jour vers le temple de mon coeur et le soleil s'y trouve, s'y féconde la Rose qui se déploie Chevalier d'O. Je regarde la Source, je devient Source, je coule Source... Telle est ta répétition mantrique, chevalière Solitaire.
Faire quelque chose à contre-coeur c'est faire quelque chose à contre courant; alors que être au coeur des Choses, c'est toujours être au courant.

user posted image

Fiche Vëla


1-Bénédiction*, Sacrifice divin, protection contre le mal*.
2-Éveil du péché*, Précision bénie*, Force du taureau*.
3-Soins modéré.
 
 
   Top
PM

Topic Options Reply to this topicStart new topicStart Poll