Quel est votre nom, voyageur ?
Eléasis (VIII) 1373, 2ᵉ chevauchée
   

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> Chapitre 2 : Rira bien qui...
écrit le : Dimanche 03 Mai 2026 à 15h23 par La Goualeuse
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Un silence lourd, presque oppressant, s'installa dans le temple. Les deux jeunes gnomes, un pincement au cœur, comprirent sans doute la vérité ; ou du moins la pressentirent-ils. Ils devaient néanmoins l'entendre pour en être tout à fait sûrs...

Dans un long soupir, le Grand Prêtre détourna le regard et se tourna face à la monumentale statue de son dieu, comme s'il cherchait dans la contemplation du Protecteur Vigilant les mots - ou la force - qui lui faisaient défaut.


Olbern Bannobrand
- Lilci... commença-t-il d'une voix rauque, les yeux fixés sur les gemmes chatoyantes de la sculpture. Lilci n'est plus.

Il se retourna brusquement. Son visage avait encore changé : la chaleur familière y avait laissé place à quelque chose de plus dur et de plus fragile à la fois. La petite Poêledacier était la dernière de ses novices. Tout Boisgrévier savait qu'il nourrissait une affection particulière pour la cadette aux idées aussi fantasques que ses patisseries.

- Nous avons retrouvé son corps étendu non loin des vôtres, poursuivit-il plus bas. Ses mains crispées sur le symbole d'argent de notre divin Protecteur. Sa voix vacilla légèrement. La mâchoire déboitée, cassée... La nuque... Il s'interrompit un bref instant, les paupières closes, brisée.

Olbern resta immobile quelques secondes. Ses épaules semblaient soudain s'être affaissées sous un poids invisible. Lui si gaillard d'ordinaire ressemblait à un vieillard.

- Sans la moindre trace de lutte... ajouta-t-il en chuchotant, incapable de donner pleinement voix à l'incompréhensible. Pas une égratignure...

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Olbern Bannobrand est un gnome petit et rondouillet, au crâne lisse soigneusement entretenu, toujours paré de vêtements impeccables aux couleurs vives et finement ouvragés. Son sourire franc, sa bonhomie contagieuse et l'éclat malicieux de son regard incarnent à merveille l'esprit farceur et généreux de Garl Brilledor.



Trêve de jacasseries !
 
 
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PM
écrit le : Vendredi 08 Mai 2026 à 01h01 par Myree Dinglestone
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L'épreuve du rire. Jamais à BoisGrévier n'aurait-on pu s'attendre à une interprétation aussi littéraire de cette périphrase. C'est pourtant dans une hilarité aussi éprouvante que douloureuse que Myree, au même titre que ses camarades d'infortunes, avait atteint le paroxysme cette série d'obstacles initiatiques. Pliée en deux, face contre terre, la jeune Gnome s'était retrouvée asphyxiée par son souffle railleur, jusqu'à sombrer dans l'inconscience. Mais son esclaffe ne la quitta pas, et la pourchassa jusque dans ses rêves.

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Au creux des collines verdoyantes de Bulborp résonnait ses éclats de plaisir, clairs comme ceux d'un oiseau chanteur. Grand-père Tête-de-pioche avait toujours le don de lui tirer des fous rires retentissants, à en faire détaler les lapins et s'envoler les canards.

- Et là, le Gros Troll a commencé à rouspéter, avec sa grosse voix : "Poh poh poh, Polo piffe po ton pif !". Et tu sais ce que je lui ai répondu ? "C'est pas de pôt !". Et paf ! Le Gros Troll est tombé sur sa bidoche !

Les plaisanteries loufoques et les imitations grossières du vieux Gnome s'imposaient comme toujours comme une source d'enthousiasme privilégié chez l'enfant cadet de la famille.

- Grand-Père ! s'exclama Myree de sa voix fluette. Moi aussi je vivrai des aventures ! ... Quand j'serai vieux et tout ridé comme toi... !

Les épais sourcils broussailleux du doyen se dressèrent, mimant un air offusqué.

- Vraiment ? lança-t-il d'une voix chantante. Et bien rassure-toi mon p'tit, tu n'auras besoin d'attendre d'être aussi vieux et ridé que moi... Pour vivre des aventures comme je l'ai fait, il n'y a qu'une seule leçon à retenir. Mais je ne peux la partager qu'aux petits Gnomes prêts à l'entendre... !

- J'suis prêt ! Dis-moi, dis-moi, dis-moi, dis-moi !

L'ancien se pencha, plissant les yeux avec mystères, avant d'énoncer son précieux secret dans un murmure intriguant.

- Il faut savoir rire !

Brusquement, les redoutables chatouilles de Grand-Père Tête-de-Pioche s'élancèrent à l'assaut des côtes de Myree, arrachant à ce dernier des quintes de rires incontrôlés. D'une voix moqueuse, l'ancien s'exclama :

- Rire en tout temps !

Par instinct, les mains menues de l'enfant commencèrent à batailler contre celles de son aïeul, dans l'espoir de faire cesser cette effluve de rires.

- Rire à s'en crever la pense ! Rire à n'en plus pouvoir respirer !

D'extérieur, rien ne semblait capable d'assombrir la légèreté de cet instant. Mais pourtant, la voix du doyen commença très vite à susciter une sensation de malaise chez l'enfant. Quelque chose d'étrange résonnait au creux de ses paroles. La tonalité de ses mots, habituellement si chaleureuse et rassurante, fit place à une glaceur tranchante.

- Rire à s'en déchirer les poumons ! Rire à en cracher du sang !

Le corps de l'enfant se tétanisa à mesure que l'énonciation de ces phrases suscitaient chez lui une frayeur sans pareille. Malgré le rire ne pouvant s'empêcher de franchir ses lèvres, son regard apeuré se dressa vers Grand-Père Tête-de-Pioche, pour observer ses traits. Ces derniers se déformaient sous ses yeux, seconde après seconde. Le visage rieur et bon vivant d'Alrik se dérobait à des traits ciselés, un sourire sadique et des yeux violacés perçant comme un dard. Laissant échapper un cri d'effroi, Myree s'arracha de l'étreinte de cette apparition, pour prendre la fuite à travers les collines herbeuses. L'enfant ne se retourna pas. Son cœur martelant sa poitrine le rendait sourd à toute autre perception.

Au détour d'un passage entre deux talus, sa course fut brusquement stoppée par une masse d'individus. Myree reconnut les habitants de Bulborp - Gnomes et Halfelins qu'il connaissait si bien - rassemblés devant un tumulus fraîchement garni de fleurs. Le soleil radieux, illuminant initialement ces pâturages, s'était étiolé sous un voile grisâtre, projetant une atmosphère d'amertume en connivence avec l'ambiance qui régnait sur ce lieu. Sans attendre une seconde de plus, l'enfant se fraya un chemin parmi la foule, avant de découvrir, au bout de celle-ci, la présence de sa famille recueillie devant l'entrée du tombeau. Ses yeux grenats se posèrent sur une plaque dressée devant ses pairs, sur laquelle apparut le nom de ses parents. Dans un souffle estomaqué lui revint le souvenir de ce jour funeste. Celui de leur exhumation, après qu'un tragique éboulement ne les aient tous deux emportés.

Soudain, un ricanement se fit entendre sur sa droite. Aussitôt suivi d'un autre provenant de sa gauche. Et encore un. Fouillant la foule du regard, Myree fut incapable de distinguer l'origine de ces railleries éparses... jusqu'à ce que celles-ci se diffusent progressivement. Des rictus et des sourires apparurent peu à peu sur les visages de ses semblables : amusés, cruels, sinistres. Piégé au cœur de cette humiliation publique, les traits de Myree s'étiraient avec effarement, tandis que ses lèvres se mouvaient dans un murmure inaudible réclamant le silence. Ne sachant que faire, l'enfant s'avança en direction de ses proches dans l'espoir d'y trouver du soutien. Mais il déchanta très vite, en constatant qu'un soubresaut réjouit venait secouer les épaules des personnes intéressées. Des rires aux éclats se répondirent les uns aux autres, dans une mascarade portée unanimement à l'adresse du tumulus renfermant ses géniteurs. Les yeux écarquillés, l'enfant cerné de toute part par ces rires carnassiers hurla au monde :


- Arrêtez cela ! S'il vous plaît ! Arrêtez !

Similaires aux traits de son aïeul se déformant en un masque de prédateur, les sourires des Gnomes se contorsionnent, pour laisser place à des moues abominables aux dents effilées. Enfin, une voix aiguisée, à l'écho grondant, résonna à son attention.

- Pourquoi ? Mieux vaut en rire, tu ne trouves pas ?

- Je sais qui vous êtes ! scanda l'enfant. Vous êtes cette vilaine Fée !

Les rires s'éteignirent immédiatement, très vite suivies par les silhouettes constituant la foule. La vision du tumulus se déroba à son tour, à l'image d'un écran de fumée chassé par le vent. Ne restait qu'une dernière personne debout face à Myree, dos pointé dans sa direction. Sa silhouette était drapée d'un voile noir qui s'échappa de ses épaules pour cascader jusqu'au sol. L'individu révélé n'était pas un Gnome, mais un être à la silhouette élancée, affiliée d'une paire d'ailes, et nimbée d'une lueur profondément obscure. Virevoltant d'un geste lancinant, ses traits faciaux se révélèrent dans un trouble confus. Au contact de ce regard hypnotique, un vertige commença à s'emparer de Myree.

- Chère amie, énonça de nouveau cette voix portée par les ombres, tandis les lèvres de la Fée se teignirent d'une gratitude doucereuse. Merci de m'avoir libérée.

Peinant à lutter contre ces sensations désagréables altérant son esprit, Myree leva une voix n'ayant plus rien d'enfantin, pour clamer avec angoisse :

- Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous voulez ? Pourquoi vous me faîtes subir tout ça ?

Le rire tranchant de la Fée résonna jusqu'au cœur de ses entrailles. Un rire qu'elle peina elle-même à contenir, tant il était communicatif.

- Tu connais déjà les réponses à ces questions, susurra la voix éthérée de la Fée, s'approchant d'elle de quelques battements d'ailes effilés. Comme tu t'en es déjà doutée... je suis comme toi.

- Vous dîtes n'importe quoi. riposta la barde avec méfiance.

- Je suis une Fée qui fut autrefois garante du rire à BoisGrévier... jusqu'à ce que l'on considère que ma présence était une nuisance, et que l'on me rejette. Mais encore une fois, je ne t'apprends rien. Tu as devinée seule mon destin, car c'est aussi le tien. Finir seule. N'est-ce pas ?

- Je ne suis pas seule. Je n'ai rien à voir avec vous.

- Enfant naïf. souffla la Fée dans une moue de mépris. Le Dorthkhel Svirrik ne t'a donc rien appris.

Et tandis que le regard de la barde ne parvenait à se détacher de la silhouette ailée, cette dernière s'éleva et tournoya autour d'elle. Une fois de plus, son rire vicieux et corrupteur s'éleva, secouant la poitrine de Myree d'une désir insatiable de se joindre à cet engouement non consenti. Le tournis s'imposa et s'étendit, encore et encore, dans une valse envoûtante dont la Gnome semblait incapable de se défaire... Le décor autour d'elle se métamorphosa. Aux rires de la maudite créature féérique s'ajoutèrent d'autres exclamations plus familières : celles des habitants de BoisGrévier. Myree reconnut la grande caverne du terrier, où avaient été prononcés les discours d'ouverture du Dorthkhel Svirrik.

Mais ce soir semblait être un jour de fête. Le rire de la Fée s'était enfin éteint, se soustrayant à des applaudissement frappant au rythme des notes entonnées par le barde Perrim Folmelodie. Les talons claquaient à la surface de la dalle centrale, porteurs d'une chorégraphie au rythme effréné mené par de multiples duos. La barde se reconnut au milieu de cette scène. Et face à elle, le visage de son partenaire s'éclaircit.


- Wrenn ! s'exclama-t-elle, dans un mélange de soulagement et de désarroi.

Les mains de la barde lâchent aussitôt celles du trappeur, pour agripper les épaules de ce dernier avec urgence.

- Wrenn, il se passe quelque chose de grave, je...

- Qu'est-ce qui te prend, Myree ? la coupa-t-il d'une voix sifflante, en se détachant de son étreinte. D'abord tu me traînes sur la piste de danse, et maintenant tu me lâches au milieu des regards ? C'est encore un de tes coups tordus ?

- Quoi ? Non ! Non, écoute Wrenn... C'est vraiment important.

- Toi, écoute-moi. Quand est-ce que tu vas apprendre à cesser de faire tourner tout le monde en bourrique ?

- Ce n'est pas du tout ça ! C'est la Fée ! Il faut que tu me crois ! ...Wrenn ?

Le trappeur ne l'écoutait plus. Son attention s'était dérobée à Myree, pour pivoter en direction d'une personne nouvellement arrivée sur la piste de danse. Suivant son regard, Myree reconnut la fille du maître-trappeur Hersemain, Meena. Du moins était-ce une vision que cet instant laissait paraître aux yeux du monde, jusqu'à ce qu'un sourire, d'une brièveté capable de se dérober à un clignement d'yeux, n'étire les lèvres de la Gnome pour révéler à Myree toute sa duplicité. Impossible pour la barde de ne pas y reconnaître la perversité de cette Fée. Constatant que son partenaire de danse commençait à se détourner d'elle pour s'avancer à la rencontre de Meena, Myree saisit brusquement le poignet de l'intéressé pour l'empêcher de faire un pas de plus.

- Lâche-moi ! riposta Wrenn dans un sursaut, en s'arrachant brutalement à sa poigne.

- Wrenn, n'y va pas ! la supplia Myree, en tentant à nouveau de lui agripper la manche. Elle n'est pas ce que tu crois !

- Parce que toi, tu l'es ?

Les bras du Gnome repoussèrent Myree d'un geste avertisseur. Dès lors, Myree perçut dans les yeux de son ami une hostilité qu'elle ne pensait jamais y voir paraître.

- Wrenn. S'il te plaît... J'ai besoin de toi, supplia la barde avec émotion.

Un silence s'était imposé autour d'eux. La musique s'était mise en suspens. L'attention générale était portée sur les lèvres de Wrenn, pincés dans une moue courroucée, avant de prononcer ces mots chargés de reproches :

- Pourquoi il faut toujours que tout tourne autour de toi, Myree ?

Figée, la barde ne savait quoi répondre. La défiance révélée par la posture de Wrenn, le sourire satisfait trônant sur les lèvres de Meena, la désapprobation de BoisGrévier portée unanimement à son attention : l'ensemble du monde la plaçait en porte-à-faux. Impuissante, Myree commença à sentir des larmes remonter le long de ses yeux. Et ce qu'elle observa dans les yeux de son ami planta le dernier clou : l'indifférence.

- Trouve-toi un autre partenaire de danse. conclut-il, avant de cueillir entre ses doigts la main de Meena.

La seconde suivante, la fête avait repris son plein comme si nulle intermède ne l'avait jamais coupée. La joie éclatait de nouveau, sans éprouver le moindre once de regret à l'idée d'y soustraire la jeune barde. Vint s'y mêler le rire de la Fée jaillissant de Meena, qui, guidée par la main de Wrenn vers le coeur de la piste, passa devant Myree. Son hilarité s'accentua, tandis que sa main libre fut lancée à son encontre. Propulsée par sa force surhumaine, la barde fut brutalement repoussée hors de la dalle, et dégringola douloureusement au pied de la scène. Là, l'arrière de son crâne heurta un obstacle et projeta sa conscience loin de ces festivités.

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Sa première sensation fut la douleur diffuse émise par son corps, entièrement endolori. Reprenant peu à peu conscience dans un vertige lancinant, ses yeux passèrent devant la fresque où était retranscrit l'ancienne légende oubliée que son groupe avait redécouverte. Battant des paupières, la barde redécouvrait l'enceinte de cette grotte où ce rire maudit avait résonné, aux premiers instants de ce cauchemars.

- Wrenn ? Lilci ? murmura-t-elle avec inquiétude.

Ses yeux scrutèrent l'espace environnant, mais notèrent avec désarroi l'absence du trappeur, puis celle de la cléresse. En revanche, dans un dernier mouvement, la barde reconnut la silhouette avachie d'un certain érudit, étendu sur le sol à quelques mètres de sa position.

- Glimble ! s'exclama-t-elle.

S'élançant à sa rencontre, la barde étudia son état, avant de constater l'état de profond sommeil dans lequel était plongé l'intéressé. Secouant le magicien borgne, Myree ne put que constater son incapacité à le ramener à la conscience. Levant les yeux, la jeune Gnome étudia l'obscurité de la caverne, dans l'espoir de dénicher un quelconque indice capable de venir en aide à son camarade. C'est alors qu'elle remarqua la présence d'une silhouette postée non loin, au cœur du cercle féérique. Aussitôt, Myree se dressa comme un ressort, portant sa main à sa ceinture pour s'emparer de son arme fétiche. Mais la main de la Gnome se referma sur du vide, constatant l'absence de son manche de Marteau-Piolet.

Un crissement familier retentit en direction du cercle féérique : celui d'une tête d'acier vissée sur sa hampe. Troublée, la barde s'avança d'un pas prudent, plissant les yeux pour découvrir que l'être qui lui tournait le dos n'avait rien à voir avec ce monstre organique que sa bande et elle avaient affrontés. Assis sur un imposant sac de mineur, il apparaissait comme un Gnome. Plus troublant encore : tenant entre ses mains son bâton, l'étranger était affairé à fixer au sommet de ce dernier une légendaire tête de Marteau-Piolet gnome. Myree n'eut que le temps d'émettre un hoquet de surprise, avant que la voix profonde de l'étranger ne résonne à son attention :


- Pourquoi as-tu libéré Naelbilb ?

La barde se figea. Cette voix... il n'y avait pas le moindre doute. L'individu se releva, et fit volte face. Alrik Dinglestone, alias Grand-Père Tête-de-Pioche, se tenait en personne devant elle, aussi iconique qu'elle s'en souvenait, avec sa longue barbe blanche tressée de rubans, ses oreilles pointues effilées au-dessous d'un crâne passablement dégarni, sa tunique rapiécée à laquelle venait s'accrocher d'innombrables poussières et saletés. Et venait s'ajoutait à ce portrait le légendaire Marteau-Piolet, fidèle aux récits que son aïeul avait conté à son sujet.

Face à cette vision aussi fantasmagorique qu'impromptue, les genoux de Myree manquèrent se dérober. D'une voix tremblante, la barde s'adressa à son ancêtre :


- G-grand-Père... ? Co... Comment ?

- Après tout le mal qu'on s'est donné mes amis et moi, pour enfermer cette maudite Fée, il fallait que tu viennes tout gâcher.

Alors que Myree peinait encore à digérer la première révélation, cette seconde la heurta de plein fouet. Elle balbutia, d'une voix interdite :

- Tu es celui qu'on appelait Fendterre ?

Un long silence suivit cette question, au cours duquel la barde constata dans le regard cerné de son ancêtre l'absence de cette profonde bienveillance, pourtant si intrinsèque à sa personnalité.

- J'aurais dû être plus dur avec toi, déclara-t-il d'une voix dépourvue de sympathie. Mais j'avais pitié de toi. Tu avais perdu tes parents. C'était beaucoup, pour un enfant de ton âge. Je voulais te rendre heureuse. Alors, pendant tous ces voyages, je t'ai ménagé, choyé, gâté.

Le poing d'Alrik Dinglestone se referma avec colère autour du manche de son arme, avant que sa voix n'explose avec fureur :

- Mais voilà le résultat... !

La tête du Marteau-Piolet s'abattit sur le sol à ses pieds dans une extrême brutalité, provoquant un grondement secouant l'entièreté de l'habitacle souterrain.

- Tu es devenu arrogante. Imbue de toi-même. Aveugle à la réalité.

L'ancien s'avançait d'un pas lent vers sa descendante. A chaque reproche se succédait une frappe du Marteau-Piolet affligeant le sol de la caverne. Effrayée par ce spectacle, Myree ne trouva aucune autre alternative que de reculer. A mesure que les assauts de son ancêtre s'enchaînaient, la barde constata que certaines portions du sol se dérobaient, laissant entrevoir des orifices menant au gouffre obscure s'étendant sous leurs pieds. La gorge nouée par l'angoisse, la barde ne trouva ni la force ni le courage de se confronter aux accusations affluant à son encontre.

- Des farces sans profondeur, d'une gratuité n'égalant qu'une finesse d'esprit. Toi qui qui pensais marcher dans mes pas... Quelle prétention. Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi similaire aux être que j'ai affronté de mon vivant.

La tête du Marteau-Piolet se dressa brusquement, pour s'immobiliser en direction de la fresque contre laquelle se retrouvait désormais adossée Myree. Le sommet de l'arme indiquait notamment une figure en particulier : celle de la Fée. Après quoi, l'arme d'Alrik Dinglestone s'abaissa en direction de la barde dos au mur. Le silence du doyen gronda comme une invitation à parler. Sa posture, en revanche, indiquait l'avertissement qui était porté à son encontre. Tremblante et accablée, Myree peina à rassembler ses pensées. Mais au bout de plusieurs tentatives, ses paroles finirent par franchir ses lèvres :

- J'en ai conscience... de tout cela. Grand-Père... je t'en prie. Aide moi. Guide moi.

Hélas, la jeune Gnome ne découvrit dans l'expression de l'ancien qu'un mépris non dissimulé.

- Tu es une cause perdue, gronda sa voix avec la gravité d'une sentence. A ce stade, même le plus sérieux des Gnomes vaut davantage mon attention.

Le regard du vétéran pivota en direction de Glimble, s'agitant doucement à l'autre bout de la pièce, comme sur le point de s'éveiller. Alternant d'un air confus son regard entre l'érudit et son ancêtre, Myree n'eut pas le temps de comprendre la portée de ces mots, avant qu'Alrik n'empoigne à deux mains le manche de son arme, qu'il dressa au-dessus de sa tête dans un puissant élan. La bouche de la barde s'ouvrit dans un supplice, mais rien n'en sortit à temps.

- Tu n'es qu'une déception, conclut Alrik Dinglestone, avant d'abattre avec la puissance d'un titan la tête de son Marteau-Piolet sur le sol qui s'effondra sous les pieds de Myree.

Précipitée dans sa chute, Myree tendit une main désespérée vers le vieux Gnome. Ce dernier lui avait déjà tourné le dos sans lui accorder le moindre regard. Avant de disparaître par les abîmes de la terre, une dernière vision portée sur la fresque lui révéla le sourire de la Fée. Il semblait s'élargir. Puis l'ombre l'avala, sans autre forme de procès.

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Myree fut incapable d'estimer combien de temps dura sa chute. Lorsque la panique s'atténua, la barde se surprit à se découvrir prostrée sur un sol lisse. Elle était plongée dans un silence de mort. Rouvrant les paupières, elle n'y découvrit aucune différence, allant même se demander si ses paupières aient un jour existées, et si la vue n'avait jamais été qu'une simple illusion de son existence.

Prisonnière de cette ombre totale, sans forme ni contour, Myree marcha au hasard, hagard, sans rencontrer le moindre obstacle. Des heures durant, la Gnome ne cessa d'avancer. N'ayant que son chagrin comme seule compagnie, un maigre espoir subsistait : celui de percevoir une lumière au bout de cette traversée. Longuement, il n'en fut rien. Mais enfin, lors d'un instant où elle s'apprêtait à renoncer et s'écrouler après avoir épuisé toute forme de résilience, la jeune Gnome perçut un faible point de lumière, brillant au cœur de l'obscurité. N'osant d'abord y croire, c'est en voyant cette lueur se mouvoir que la barde comprit : quelqu'un se trouvait à l'origine de cet éclat lointain. Sans réfléchir davantage, Myree se précipita à toute vitesse vers ce point lumineux. Progressivement, il gagna en ampleur et en clarté. Et enfin, après une minute haletante de course, les contours de sa porteuse finirent par apparaître aux yeux grenats de la jeune Gnome.

- Lilci ! s'écria-t-elle.

Aussitôt, une réponse lui fut rendue, d'une tonalité marquée par la surprise :

- Myree ?

Il s'agissait bel et bien de la cléresse. Elle brandissait sa pique à saucisse, luisant d'une lumière blanche qui irradiait l'obscurité. A la lumière de son sort, l'espace, dépourvu de murs et d'objets, ne paraissait pas plus tangible qu'il ne l'était plongé dans la noirceur. Une fois arrivée à hauteur de sa semblable, la jeune Gnome n'hésita pas une seule seconde, et se jeta dans ses bras, la serrant de toutes ses forces, comme craignant que l'intéressée ne soit balayé d'un simple coup de vent.

- Je ne pensais pas recroiser un visage amical, souffla la voix tremblante de Myree.

Lilci, bien que médusée par le geste, ne repoussa pas sa camarade, et passa une main amicale et rassurante sur son dos. Après quelques secondes, la barde finit par détacher de son étreinte, puis saisit la main de Lilci.

- Viens ! On doit trouver une sortie !

Mais la pâtissière demeura sur place.

- Est-ce que c'est encore une de tes farces, Myree ? demanda Lilci, d'un ton hésitant.

- Quoi ?

Myree scruta l'expression de sa consœur, pour y découvrir les traces d'une confusion qu'elle n'avait encore jamais observée chez l'intéressée. Qui sait combien de temps Lilci était elle-même piégée dans ce dédale obscur, et les effets qu'avait occasionné cette perdition sur son esprit ? Résolue, la barde agrippa la main de la cléresse, et la serra, comme pour la ramener à la réalité.

- Non ! assura Myree d'un air désemparé. Non, je te le jure ! Ce n'est pas une farce, cette fois-ci !

- Tant de fois, tu nous as prouvé que ce qui t'intéressait, c'était de nous rouler dans la farine. Je ne suis pas certaine qu'après tout ça, je puisse te faire confiance...

La voix de Lilci semblait partiellement éteinte, et son regard perdu dans le vide obscur environnant. A cette constatation, la poitrine de Myree se serra. Elle ne reconnaissait pas la jeune pâtissière pleine d'entrain et d'optimisme.

- Tu n'es pas toi même... murmura Myree.

- Parce que pour une fois, je ne te laisse pas me marcher sur les pieds ?

Chaque nouveau mot alourdit davantage la poitrine de la barde, telle une ancre dans laquelle aurait été chargée toute sa culpabilité.

- Je suis désolée, Lilci. Tu as toutes les raisons de me détester, et...

- Je ne te déteste pas. la coupa la cléresse.

L'attention de Lilci retrouva le contact des yeux de Myree. Ses sourcils s'affaissèrent, d'un air navré, tandis qu'elle ajouta avec une sincérité vulnérable :

- J'espérais seulement... que tu me laisses une chance d'être ton amie.

L'émoi s'empara de la barde. Tout en serrant davantage les doigts de sa camarade, Myree affirma, d'une voix peinant à enfouir un sanglot :

- Il y a encore le temps ! On peut encore être amies ! Sortons d'ici, et après tout ça, je te promets d'arrêter d'être une ordure avec toi !

Le visage de Lilci demeurait impassible. Pourtant, le creux de ses yeux saphir commença à se remplir de larmes, cascadant le long de ses joues rondes. D'une voix encore plus éteinte, la cléresse ajouta :

- C'est trop tard. Elle est là.

Des volutes de fumées violacées s'élevèrent et tournoyèrent autour du duo, tandis que la lumière émise par l'arme de Lilci vacilla, tremblante. Une sensation d'angoisse s'empara à nouveau des entrailles de Myree, tandis que les échos d'un rire lointain lui parvinrent depuis les ombres profondes.

- Pourquoi t'être obstinée à rejeter mon amitié, tant qu'on avait encore le temps d'arranger les choses ? demanda Lilci, de cette voix toujours aussi apathique.

- Je suis désolée. gémit Myree tandis que des pleurs s'écoulait de son regard profondément impuissant.

Soudain, les ombres environnantes convergèrent à l'unisson sur les deux Gnomes, avalant la lumière, et sa porteuse par la même occasion. Les mains de Myree se refermèrent sur du vide. La jeune barde se retrouvait de nouveau seule.

S'écroulant sur ses genoux, l'intéressée ne put contenir davantage son sanglot. Et pendant que résonnaient les échos de sa détresse, Myree sentit la présence familière de la Fée se glisser à ses côtés, au même titre que sa voix captivante sifflant au creux de son oreille.


- Tu comprends, maintenant... ? Ces gens qui te sont proches ont perdu pied avec le rire. Aujourd'hui, leur réalité est bien trop éloignée de qui nous sommes. De ce qui fait notre essence. Désormais, ils ne tireront plus de toi que des larmes.

Un doigt à l'ongle acéré se posa sous son menton, pour le redresser. Le regard grenat de Myree se confronta aux yeux opalescents de la Fée. Mais à la différence de tous ces instants de trouble, Myree n'y décela plus la moindre cruauté ou malice. Simplement une profonde compassion.

- Est-ce là le destin que tu désires ?

Serrant la mâchoire avec peine, Myree secoua la tête à la négative.

- Dans ce cas, viens avec moi. Tu riras de nouveau. Ouvre moi ton coeur, et je pourrai y ramener la joie.

La silhouette ailée se redressa, tendant une main patiente à son adresse. Myree demeura un instant immobile, fouillant dans ses pensées la moindre raison lui suggérant de renoncer à cette proposition. Mais son esprit embrumé n'en trouva aucune.

Ainsi, sa main se dressa, pour se poser sur celle de la Fée. Naelbilb l'aida à se relever, un rire commençant à secouer sa poitrine. Une fois de plus, le rire fut communicatif, chassant les larmes de la barde pour la substituer à une joie sans pareille. Et dans l'obscurité se dessina un passage aux milles couleurs, tournoyant à en perdre l'équilibre, que la Gnome et la Fée empruntèrent, main dans la main.

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La barde se tenait là, debout, aussi hilare que léthargique. Sa pâleur contrastait énormément, au milieu de ce paradis constitué d'innombrables et innommables couleurs. Entre chaque gloussement sifflait sa respiration grinçante que le métal rouillé. Aucune larme ne coulait de ses yeux. Ces derniers brûlaient d'un feu drainé de toute humidité depuis longtemps.

Depuis combien de temps riait-elle ? Des jours ? Des mois ? Des années ? Quelle qu'ait été cette durée, elle avait soumis son esprit à ce rire d'une froideur comparable à celle de chaînes, si serrées qu'elles en étaient capable d'étouffer des concepts comme le temps, ou l'espoir. Nulle clé ne semblait exister, capable de desserrer ces menottes... du moins, sans compter l'écho d'une voix familière. Celle de Glimble.

Sans cesser de rire, le regard cerné de la Gnome quitta son apathie, et pivota lentement en direction de ce bruit lointain. Croyant d'abord à un mirage, la barde sursauta en percevant de nouveau la voix étouffée de l'apprenti magicien, flottant sans repère fixe au sein cet espace flou et cotonneux qui l'enserrait de toute part. Malgré ses efforts, impossible d'identifier la provenance et la nature des mots prononcés par le Gnome borgne. Etait-il lui aussi en ces lieux ? Etait-il venu à sa recherche ? Ces échos flous se poursuivirent, jusqu'à ce qu'enfin, un mot sonne plus clair que les autres. Un nom. Le sien.


- Myree !

Il lui semblait avoir identifié un emplacement à cette intervention. Elle pivota son regard sur sa gauche. Là, au milieu de l'amalgame polychrome et mouvant caractérisant l'ensemble de cette rêverie éternelle, elle le vit : un fragment d'espace fixe, limpide et tangible. D'un geste lent et laborieux, Myree s'arracha à sa paralysie. Un pas après l'autre, la Gnome s'avança, luttant contre cette raillerie ne cessant de consumer ses poumons, pour s'avancer vers cette faille. A mesure que la distance entre cette dernière et elle se creusait, une image résidant en son sein se révéla petit à petit. Enfin, la barde y reconnut un visage.

- Wrenn... ! grinça sa voix extrêmement faible.

A peine avait-elle prononcé ce nom, et laissé ce bref sentiment d'espoir la submerger, qu'une cuisante douleur la ramena à sa propre réalité, au moment où son rire redoubla brusquement d'intensité. Sous cette peine, la barde s'écroula sur ses genoux. L'univers bariolé se mit à tournoyer, ses teintes à se contraster et l'atmosphère se chargea d'un arôme sucré terriblement écœurant.

- Qu'avions-nous convenu, Myree ? gloussa dans son dos la voix de la Fée.

La jeune Gnome se retourna lentement, observant les traits joyeux de la silhouette ailée allant à la rencontre. Une main douce, au contact duveteux, se posa sa joue.

- Epargnons-nous la peine de franchir à nouveau toutes ces étapes, tu ne penses pas ? Tu sais ce qui t'attends là-bas, voyons...

Myree jeta un regard derrière son épaule, scrutant les traits du trappeur.

- Ils ont l'air de s'inquiéter pour moi. marmonna-t-elle de sa voix éraillée.

- Tout comme moi, je m'inquiète pour toi.

Tout en arborant un sourire prévenant, la Fée encadra le visage de Myree de ses deux mains, d'un geste maternel. Cette caresse eut pour effet d'apaiser les membres de la barde, qui se relâchèrent à l'unisson, pour n'être plus secoués que par ses gloussements continus. Parallèlement, la voix de ses deux camarades Gnomes continuaient à flotter dans les airs, sans qu'elle ne parvienne à en saisir toute l'étendue des propos. Certains mots, toutefois, parvenaient à franchir la frontière dressée par sa geôlière : "dort", "rêves", "fresque", "Lilci". Lilci. Pourquoi n'entendait-elle pas la cléresse ? Ses oreilles pointues s'étendirent à cette occasion, cherchant à capter le son de la fervente servante de Garl Brilledor parmi les échos provenant de la faille. Ce qu'elle perçut lui glaça le sang.

- Lilci n'est plus.

D'un geste impulsif, la jeune Gnome se jeta en arrière pour s'arracher du contact de la Fée. D'un regard horrifié contrastant avec ce rire soulevant continuellement sa poitrine, Myree ne dissimula aucunement l'exécration ressentie à sa vue.

- Vous... l'avez tuée ? souffla-t-elle, épouvantée.

Le masque protecteur de Naelbilb s'effaça, pour révéler de nouveau ce sourire carnassier, dépourvu de la moindre compassion.

- Quelle pitié aurait dû recevoir une fidèle de l'infâme Brilledor ? scanda sa voix chantante, avec un enthousiasme glaçant.

Sans perdre une seconde de plus, la barde se redressa et fit volte face. Luttant contre la douleur et l'épuisement, elle s'élança, d'un pas déterminé, en direction de la faille. Nul regard ne fut porté derrière elle. Son choix était fait.

- Tu ne peux en décider, ma chère amie.

Un rire puissant lui déchira la poitrine et propulsa sa chute. Sans subtilité ni retenue, Myree sentit le pouvoir de la Fée scruter chaque parcelle de sa mémoire. Seconde après seconde, son esprit se confronta à d'innombrable souvenirs pénibles, pensées intrusives, angoisses cultivées par les années et reproches que sa conscience avaient formulés à son encontre.

Les collines de Bulborp, l'enterrement de ses parents, le bal de BoisGrévier, la grotte de la fresque, la lumière de Lilci dans l'obscurité. Chaque instant tourna en boucle dans sa tête. Chaque preuve destinée à la faire renoncer.


- Combien de fois dois-je te le rappeler ? Ta place est avec moi.

Dans la panique, Myree chercha le moindre élément capable de l'ancrer à la réalité, et de l'extraire de ces illusions. Mais comment trouver une telle ancre, en plein cœur d'un rêve ? Une seule réponse figurait à sa portée : la faille. Ecrasée au sol, Myree se trouva incapable de se relever et de franchir cette ouverture, ne trouvant au milieu du rire et des pensées intrusives que la force de lever une main impuissante en direction du trappeur.

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Peu après la révélation du Grand Prêtre Bannobrand, la respiration de Myree sembla peu à peu s'accélérer. Les mouvements de ses yeux sous ses paupières gagnèrent en intensité. Toujours piégée dans ce sommeil agité, les lèvres de la barde laissèrent malgré tout échapper un nom :

- Wrenn.


 
 
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