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Chapitre 2 : Courants contraires
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Habitant des Royaumes
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L’hypothèse d’Orienas, sur une malédiction qui aurait pu toucher la famille depuis plus longtemps que les tragiques évènements récents, lui sembla intéressante. Mais elle n’était pas en mesure d’en avoir une quelconque certitude, le mal qu’elle avait senti était si incompréhensible qu’elle ne pouvait déterminer s'il était présent depuis longtemps. - Je n’y avais pas pensé, mais maintenant que tu le dis… Cela pourrait être une possibilité. Ou peut-être que la première tragédie qui a emporté le mari de dame Ormentrel était un simple coup du sort, et que les personnes qui sont derrière tout cela en ont profiter. Solatha n’étant à priori élevée que par sa mère, peut-être visent-ils en priorité les enfants n’ayant qu’un seul parent. Il faudrait en savoir plus sur le père de Solatha – et pourquoi nous n’en avons pas entendu parler. Elle écouta attentivement le récit de son échange avec dame Selana. Elle avait clairement réfléchi à la situation, et son point de vue était éclairant.
- Je pense en effet me rendre au temple pour parler de ce que j’ai senti et essayer d’en savoir plus, je pense que ce serait le meilleur endroit pour démêler tout ça. Si ça ne t’ennuie pas, je vais y aller directement. J’ai hâte de retrouver Astérious et Calem, afin de savoir ce qu’ils ont pu découvrir de leur côté, mais j’aimerais trouver des réponses à ce mystère le plus rapidement possible. M’accompagnes-tu ? Arrivée au Grand Hall des récoltes, Else demanda à s’entretenir avec Harrandave Donohar, le grand prêtre du temple. En attendant qu'il sot dsiponible, elle se rendit devant l'autel de la déesse afin de prier. Lorsqu’il la reçue, elle lui essaye de lui raconter de manière calme et concise les évènements de la journée, leurs différentes pistes, et enfin, la tentative qu’elle avait faite afin de détecter le mal. Elle conclut :- Je reste humble car je sais que je n’ai pas grande expérience dans l’application de ce don de Chauntéa… Mais je vous assure, que ce que j’ai ressenti, le mal présent dans chaque particule d’air de cet endroit, était effrayant, et inhabituel. Avez-vous déjà éprouvé cela ? Avez-vous une explication quant à ce phénomène ? Nous avions trouvé, sur la porte du manoir, le symbole de Kelemvor profané… Cela est forcément lié. Qu’en pensez-vous ?

Niveau 0 : - Création d’eau : jusqu’à 8L - Assistance divine : bonus +1 (attaque, JdS, test de compétence) – toucher, 1 action - Lumière : rayon de 6m
Niveau 1 : - Soins légers : + 1d8+1 de PV - Détection du mal
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Habitant des Royaumes
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A mesure que l'interrogatoire du gnome devenait plus insistant le doute grandissait en Calem. La jeune femme avait visiblement été secouée par la charge du chien qui, tout menaçant fût-il, était loin d'être un molosse. Son attitude comme sa défense paraissaient sincères et le jeune homme, naïf peut-être, s'efforçait de rester calme et mesuré, lucide avant tout. Qu'étaient-ils en train de faire au juste ? Qu'adviendrait-il si l'un des riverains prévenait la milice ou si cette dernière débarquait soudainement, alertée par les aboiements et les cris ? Les apparences ne jouaient pas vraiment en leur faveur et Else, prêtresse mandatée par le clergé de Chauntéa pour mener l'enquête, n'était plus à leurs côtés. Le ton d'Astérious montait encore, se faisant plus oppressant, inquisiteur. La suspecte disait ne pas le connaître, jouait-elle la comédie ? Ou était-il possible que le druide soit dans l'erreur ? Ayant le conflit en horreur Calem se serait bien passé d'une telle scène en pleine rue. Il ne pouvait pourtant pas fuir...
Son soutien fût donc silencieux, ne prenant le parti ni de l'un ni de l'autre, tâchant de réfléchir et se tenant prêt à intervenir si l'un des deux camps avait le mot, ou pire, le geste de trop. Concentré sur la dispute, il n'avait pas prêté attention à Cornichon à quelques mètres d'eux, il préférait surveillait les gestes de chacun et particulièrement les mains de la suspecte. Ce fût à ce moment qu'Astérious, d'un geste impérieux de rage et d'une voix plus qu'autoritaire, leva le voile qui dissimulait le contenu du panier, si contenu il restait après la récente chute. Calem, probablement aussi surpris que la jeune femme, fit de son mieux pour lire les expressions de cette dernière mais ne put également résister à la curiosité de vérifier, comme son complice, ce qui avait été révélé.

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Vieille Bique
Chambre 9
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Calem et AstériousLa jeune femme, tenant fébrilement son panier qu'elle venait de ramasser, demeura figée tandis qu'Astérious l'accablait de questions. Son regard allait de l'un à l'autre, s'attardant sur Calem, sans parvenir à se fixer. A plusieurs reprises, ses lèvres s'entrouvrirent pour répondre, mais elle parvint seulement à bredouiller quelques syllabes :- Je... Non... Comm... Lorsqu'il évoqua le vieux saule et Joran, quelque chose changea dans son regard. Ce ne fut qu'un instant, mais tous deux remarquèrent le trouble fugitif qui traversa ses traits, avant de disparaître. Peut-être n'était-ce là que l'effet de la surprise, de l'indignation ou de la peur ? Peut-être autre chose ? La disparition de l'héritier Ormantrel avait alimenté bien des rumeurs à Wheloune, et le bruit de sa réapparition s'était sûrement déjà répandu.- Des mensonges ? Non, non... Je... Sa voix tremblait, prête à se briser. Laissez-moi aller... Son regard alla vers le bâton du druide, qu'il serrait de toute sa colère. Elle recula, écarquillant les yeux de frayeur, puis ramena lentement son panier contre elle, comme pour s'en faire un rempart contre la calomnie et les coups.- Kathyl, bredouilla-t-elle pour toute réponse à la nouvelle question qu'on lui posait.
C'est alors qu'Astérious, n'y tenant plus, souleva brusquement un pan du linge qui recouvrait le panier. L'inconnue glapit en reculant d'un pas, alors que s'offraient à leur vue quelques pommes, un morceau de pain brun et un petit pot de terre cuite au contenu jaunâtre, crème ou beurre. Toute cette agitation avait rameuté Cornichon qui, pour faire bonne figure, était revenu au pied de son maître.- Vous n'avez pas le droit... articula-t-elle d'une voix impuissante. Je voulais l'aider, c'est tout. Au bord des larmes, elle regardait la porte de Kathyl, à quelques mètres de là. Autour d'eux, les volets clos demeuraient immobiles et silencieux. Pourtant Astérious et Calem sentaient peser sur eux la présence invisible des voisins tapis derrière leurs fenêtres.
L'inconnue déglutit péniblement, acculée entre le mur et ses accusateurs.- Quelqu'un ? appela-t-elle d'une voix faible, avant de reprendre avec plus de force. Je vous en prie... A moi ! L'appel, hésitant encore, n'avait pas la force d'un cri. Mais il n'aurait sans doute pas besoin d'être beaucoup plus fort pour attirer l'attention dans cette rue étroite, éloignée du brouhaha des quais et de l'agitation du centre-bourg.Else et OrienasEn cette fin d'après-midi, le Hall des Récoltes, telle la ruche désertée par ses butineuses, était encore calme. Prêtres, prêtresses et paysans travaillaient dans les champs et les vergers.
Harrandave Donohar reçut Else et Orienas dans son étude - la seule salle du Temple munie d'une serrure. L'aménagement de cette pièce, comme toutes les autres, était modeste : un secrétaire massif, au charme rustique, servait de bureau au Grand Prêtre qui prit place dans un imposant fauteuil de chêne ; deux chaises, du même bois mais moins massives, accueillaient les visiteurs. Une tenture brodée du symbole de la Déesse décorait le mur derrière le bureau, tandis qu'en face, une grande bibliothèque à casiers abritait quelques grimoires, des carnets plus fins et de nombreux rouleaux de parchemins. Suspendus au plafond, des dizaines de bouquets et de couronnes végétales pendaient : fleurs des champs, graminées, céréales et branchages d'essences diverses formaient une constellation dont la simplicité n'ôtait rien à la beauté agreste.
Le dignitaire, après avoir fait disparaître les feuilles dispersées sur son bureau dans un tiroir, écouta sa jeune protégée avec toute l'attention que méritait une aussi ténébreuse affaire. Else mesura son inquiétude à quelques gestes simples : son menton s'était relevé, ses sourcils légèrement froncés alors que ses yeux se plissaient, ses mains crispées sur les bras du fauteuil.
Il resta un moment silencieux, laissant les questions de la jeune femme résonner entre les murs. La situation était grave, il lui fallait peser ses mots.- Déceler le Mal est toujours une expérience douloureuse, chère enfant, et l'horreur que tu en as conçu prouve combien ton cœur est pur. Il lui sourit, avec une bonté toute paternelle.- Les novices supportent généralement moins bien ce genre de révélation. Ils s'endurcissent à mesure que la Déesse accroit sa bénédiction et leur fait don de nouveaux pouvoirs, comprends-tu ? La prêtresse savait que la magie divine se renforçait à mesure que la foi surmontait les obstacles et prouvait sa constance face à l'adversité. Elle ignorait peut-être qu'elle protégeait les fidèles contre les influences néfastes. Qu'aurait éprouvé le Grand Prêtre à sa place ?- Mais une réaction si forte, reprit-il d'un ton plus grave, est le signe d'un mal puissant... tenace... Je me rendrai au manoir Ormantrel demain pour en prendre une plus exacte mesure. Il saisit le symbole divin qui pendait à son cou - médaille d'argent gravée d'une rose s'épanouissant devant des épis d'orge, de blé et de seigle - puis en caressa les reliefs de son pouce. Ce tic, qu'elle avait déjà observé quelquefois, trahissait toujours une intense réflexion chez lui. - Quant au symbole profané... dévoyé... Je ne crois pas qu'il soit lié à ce que tu as perçu. Ou du moins pas comme on pourrait d'abord le penser. Il se tourna vers les fenêtres, qui laissaient entrer une douce lumière dans la pièce. Le Mal se cache, Else. Il évite la lumière et ne s'affiche pas sur les portes. Je crains que quelqu'un n'ait ici utilisé le Seigneur des Morts comme un épouvantail... Ou comme un masque... Son pouce glissa à nouveau sur la médaille, alors que les traits de son visage se creusaient d'inquiétude.- Recommence ton récit, je te prie. Et vous, Orienas, n'hésitez pas à intervenir. N'omettez aucun détail, ne tais aucun soupçon, aucune hypothèse. Cette affaire est devenue trop sérieuse pour que je ne la porte pas à la connaissance de Sarp Barberouge, notre seigneur. Lancers... Calem - Jet de compétence : Perception : 10(d20) +0(deg) +1(Sag) = 11 Asterious - Jet de compétence : Perception : 1(d20) +4(deg) +4(Sag) +2 (race) +1 (don) = 12 Jeune femme apeurée - Jet de compétence : 5(d20)+5 = 10

Trêve de jacasseries !
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Habitant des Royaumes
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Astérious remarqua la peur dans les yeux de la jeune femme. Une peur véritable. Pas celle d'une personne prise en faute, mais celle de quelqu'un qui se trouvait depuis trop longtemps entre deux précipices. La colère grondait toujours dans sa poitrine, mais il comprit soudain qu'il ne tirerait rien d'une âme acculée. Un animal piégé fuit ou mord. Il ne parle pas.
Il inspira profondément. Ses doigts se desserrèrent lentement autour de son bâton. Le bois craqua légèrement sous la pression qui retombait.
- N'ayez pas peur, nous voulons juste la vérité.
Niveau 0: - Soins superficiels: Rend 1 pv à la cible. - Illumination: Éblouit la cible (–1 aux jets d’attaque). - Assistance divine: +1 à un jet d’attaque, jet de sauvegarde ou test de compétence.
Niveau1: -Flammes: 1d6 points de dégâts, +1/niveau, contact ou lancer. -Morsure magique: Une arme naturelle du sujet gagne +1 aux jets d’attaque et de dégâts.
"Les racines comme conductrices de résonance du vivant..."
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Habitant des Royaumes
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Ne sachant comment interpréter la défense hésitante de la jeune femme, Calem resta silencieux tout au long des réponses qu’elle tentat de bredouiller. La situation était probablement bien plus complexe qu’elle en avait l’air et il allait sans doute falloir redoubler de malice pour parvenir à la clarifier. Déjà bien trop sur la défensive et appelant à l’aide la suspecte se transformerait bien aisément en victime et Calem et Astérious se confronteraient à nouveau, comme cela fût le cas avec Kathyl, à un mur. Et pourtant, la culpabilité semblait bien là, elle perçait dans le ton et les mots de celle qui se prétendait à la fois innocente et bienfaitrice. Les circonstances étaient telles que ce ne pouvait être de la simple bienveillance ou de l’altruisme, peut-être était-ce de la compassion ? L’idée que l’inconnue ait pu être elle aussi victime effleura l’esprit de Calem. Cette dernière hypothèse pourrait expliquer sa présence ainsi que son apparente et maladroite sincérité...
Le druide reprit alors son interrogatoire, plus doux mais quelque part tout aussi accusateur. Les questions et les hypothèses se succédèrent, une main était certes tendue mais l’autre tenait toujours le bâton. Le jeune homme, empli de doute, peinait à trouver sa place, ne voulant ni s’opposer à son compagnon ni accabler davantage l’inconnue dont la détresse grandissait. Ce n’était peut-être ni l’endroit ni le moment pensa Calem dans un supposé éclair de lucidité. Les derniers mots d’Astérious s’abbatirent alors sur la jeune femme, lourds de sens, graves et toujours aussi compromettants. Ces derniers briseraient-ils le masque supposé de la suspecte ? Calem se tût, attentif à la réponse à venir et aux mouvements de la ruelle.

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Vieille Bique
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Calem et Astérious
Les cris de l'inconnue cessèrent dès qu'Astérious, prenant une pose moins menaçante, en revint à des paroles moins accusatrices. Dans leur dos, le grincement du bois trahit l'ouverture d'une porte ou d'une fenêtre.
- Quelle vérité ? balbutia-t-elle, ses yeux embués allant du gnome à Calem, sans y rien comprendre. Arrêtez...
A petits pas prudents, son panier brandi comme un bouclier, elle contourna lentement Astérious sans le quitter des yeux.
- Laissez-moi aller.
Elle continuait à progresser, dos au mur, se rapprochant de Calem.
Trêve de jacasseries !
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Même si ce n’était pas la première fois qu’elle pénétrait dans l’étude du Grand Prêtre, ce lui fit le même effet. Elle était à la fois impressionnée par l’ameublement, mais aussi rassurée par la présence familière des divers plantes et fleurs qui ornaient la pièce. Cela lui rappelait son village, sa famille.
La gravité avec laquelle il prenait les choses la rassura. Son intérêt, le fait qu’il allait lui-même vérifier le mal qui régnait au manoir la soulagea du lourd poids qui pesait sur ses épaules. Elle se sentait dépassée par tous ces évènements, et l’idée d’avoir de l’aide de personne plus sages, plus puissantes qu’elle l’apaisa un petit peu.
A sa demande Else se mit à lui conter, dans les moindres détails, ce qu’il s’était passé depuis qu’un petit Joran en pleur avait fait son apparition : leur arrivée au manoir Ormentrel, la découverte que Joran était pensé mort, le récit de dame Selanna. Elle insista sur les sombres paroles de Joran, qui n’était pas normales pour un garçon de son âge, et un être si innocent. Elle se tournait régulièrement vers Orienas pour être sûre de ne rien oublier à l’histoire, et qu’il puisse compléter, ou partager son ressenti s’il le souhaitait. Elle conclut avec les différentes pistes qu’ils avaient évoquées, lui partagea la démarche de Calem et Astérious, et souligna surtout le fait qu’une petite fille, Solatha, était certainement encore prisonnière, et qu’il fallait lui venir en aide.

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Orienas s'était rendu à de nombreuses reprises au temple de Chauntea depuis qu'Else y officiait mais il n'avait jamais vraiment dépassé les salles dévolues à l'accueil du public. Comme les autres membres du clergé qu'il avait croisé, le grand prêtre qui les reçu ne se faisait étalage de nulle magnificence mais sa prestance était indéniable. Il les accueilli avec bienveillance et Orienas laissa son amie résumer leurs aventures du jour.
A ses changements d'attitude, le demi-elfe vit grandir au fil du récit l'inquiétude et la préoccupation du prêtre. Sa proposition d'aller constater par lui-même l'emprise du mal sur le manoir le rassura mais il s'inquiétait de l'effet que cette visite officielle pourrait avoir sur Bremma et Joran.
- Comme nous vous l'avons décrit, Dame Ormantrel est encore très fragile et Joran commence tout juste à se remettre de son enlèvement. La visite de la garde s'est révélée très éprouvante et je crains que la vôtre soit également source d'inquiétude et de fatigue. Peut-être pourrions-nous y aller ensemble ? Si vous nous accompagnez alors que nous venons prendre des nouvelles, votre présence sera perçue comme moins officielle et vous pourrez plus discrètement prendre la mesure de la menace qui pèse sur le manoir.
A la demande du dignitaire, Else entreprit de raconter en détail ce qui leur était arrivée depuis leur rencontre avec Joran. Orienas la laissa faire, n'intervenant qu'à de rares occasions pour préciser un détail ou expliciter une scène à laquelle Else n'avait pas directement assisté. Il fit en particulier un récit détaillé de sa visite à la garde précisant au prêtre l'attitude du capitaine.
- Si le capitaine Marstor a tenu parole, le seigneur Redbeard est déjà au courant de notre histoire, mais nul doute qu'il sera intéressé par les derniers développements.
Lorsque la prêtresse eu fini son discours il se tourna à nouveau vers le prêtre, curieux de voir comment il allait réagir ?
Il se demandait également ce qu’Asterious et Calem avait pu apprendre auprès de la mère de Solatha..

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Vieille Bique
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Else et Orienas
Le Grand Prêtre, les coudes posés sur les accoudoirs de son fauteuil, les doigts joints devant les lèvres, demeura immobile jusqu'au terme de leur récit. À plusieurs reprises seulement, il demanda une précision : un nom, une date, une parole exacte... Il semblait moins chercher à résoudre l'énigme qu'à s'assurer de n'en perdre aucune pièce.
Lorsque le silence retomba dans l'étude, Harrandave Donohar demeura pensif quelques instants, le regard perdu vers la bibliothèque qui se dressait derrière eux. Il tenait sa médaille serrée entre ses doigts, la main contre le torse.
- Vous avez bien fait de venir me trouver.
Sa voix était toujours aussi calme, mais plus grave qu'auparavant.
- Ce qui m'inquiète le plus n'est pas tant ce que vous avez vu... mais ce que vous n'avez pas encore découvert.
Il se leva lentement, fit quelques pas jusqu'à la fenêtre, puis contempla un instant les vergers qui s'étendaient derrière le temple.
- Un enfant disparaît, puis un second. Le premier revient contre toute attente et sa mère le reconnaît à peine... L'autre semble déjà avoir renoncé à sa fille. Des paroles aussi lugubres qu'étranges sont prononcées, par Joran, par Bremma, par Kathyl. De quelle sinistre voix sont-elles l'écho ?
Il secoua lentement la tête, puis se retourna.
- La milice dupée, le symbole dévoyé, le pêcheur acheté... Ce sont là les œuvres de gens qui sèment la confusion à dessein. Hélas, les mensonges les plus dangereux ne sont pas ceux qui remplacent la vérité, jeunes gens, mais ceux qui s'y mêlent.
D'un pas lent, les yeux rivés sur la tenture brodée à la gloire de la Grande Mère, il revint s'asseoir.
- Quant à la petite Solatha... Il marqua un silence, pesant sans doute ses mots. Si Joran a dit vrai - et je ne vois aucune raison d'en douter - alors chaque heure compte désormais. Puissent vos amis revenir avec des réponses !
Son regard alla d'Else à Orienas.
- Je vais tenir ma promesse et me rendre demain matin, après la grande prière de l'aube, au manoir Ormantrel. Si dame Bremma est aussi faible que vous le dites, j'accepte volontiers votre proposition, Orienas. Une visite de courtoisie sera moins éprouvante qu'une enquête officielle.
Il posa ensuite les deux mains à plat sur son bureau.
- En attendant, je vous demande trois choses. D'abord, ne faites confiance ni aux apparences, ni aux premières impressions. Le Mal ne porte pas toujours un visage effrayant, et la souffrance ne fait malheureusement pas toujours de ceux qui l'éprouvent des innocents. Ensuite, veillez les uns sur les autres et restez sur vos gardes. Vous commencez à déranger quelqu'un, qui pourrait bien chercher à vous réduire au silence. Enfin...
Son regard, plein d'une tendre sollicitude, se posa sur Else.
- N'utilise plus seule ce sort, au manoir ou ailleurs. Ce que tu as ressenti dépasse ce qu'une jeune prêtresse peut raisonnablement affronter. La témérité n'est pas une vertu lorsque les dieux nous enseignent la prudence. Il esquissa un sourire, discret mais sincère. Vous avez déjà accompli beaucoup en deux jours. Ne laissez ni la peur, ni l'impatience altérer votre jugement. A demain.

Trêve de jacasseries !
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A demi convaincu par la sincérité de la jeune femme, ou berné par des talents d'actrices hors-pair, Calem ne fit rien pour retenir cette dernière. De nombreux yeux et autant d'oreilles n'avaient probablement rien loupé de la scène et, il en était convaincu, les apparences ne jouaient pas en leurs faveurs. La piste d'une compassion éventuellement teintée de culpabilité séduisait le jeune homme, mais peut-être se trompait-il à nouveau. Une chose était certaine, ils ne tireraient rien de la suspecte en ce lieu. La suivre chez Kathyl apparaissait comme une terrible idée, elle venait de les chasser et les deux femmes auraient vite fait de se liguer contre eux et de déclencher un esclandre. Capituler, ou en donner l'air, était donc pour lui la meilleure option. Evitant tout geste menaçant il se frotta la nuque de la main, chassant la tension et balayant la rue du regard. Son visage était détendu, la résignation s'y lisait. Astérious ne semblait pas lui non plus vouloir insister davantage, pour le moment du moins...
Une fois que l'inconnue eut trouvée refuge chez Kathyl le jeune docker s'adressa à son compagnon :
- Éloignons-nous, nous ne trouverons pas plus de réponses ici, puis plus bas, passant à côté de lui, attendons cachés et suivons la.
Ainsi joignit-il le geste à la parole, amorçant quelques pas dans la rue dans la direction d'où était venue la femme au panier. Calem réalisa amèrement qu'ils n'avaient rien tiré d'elle, pas même un nom. Son regard se porta alors sur une des pommes qui avait roulé au sol et que l'inconnue, acculée, avait abandonné dans sa fuite. Il la ramassa et l'épousseta tout en contemplant à nouveau la rue à la recherche d'une cachette et d'un point de vue satisfaisants. Une porte ou une fenêtre s'était entrouverte peu avant, avec chance quelqu'un pourrait peut-être les renseigner pendant leur attente ? Il se retourna pour voir si le druide le suivait ou si, par fierté ou obstination, ce dernier avait autre chose en tête. Il vérifia également si un curieux n'était pas suffisamment bien caché pour les épier de ce côté de la rue. Songeur il porta machinalement la pomme à sa bouche et la croqua.

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