Quel est votre nom, voyageur ?
Eléasis (VIII) 1373, 2ᵉ chevauchée
   

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> Chapitre 1 (bis) : Troubles sur la rive
écrit le : Dimanche 14 Décembre 2025 à 17h26 par La Goualeuse
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Les pièces disparurent aussitôt dans la poche du pêcheur. Une grimace tordit ses traits alors qu'il rassemblait son filet en une boule compacte, feignant d'ignorer les menaces de Calem.

- Pousse-toi, j'te dis, grogna-t-il en tentant de forcer le passage.

Cette fois, Calem ne le laissa pas faire. Il le saisit sèchement au poignet, puis l'agrippa par le col, juste sous la nuque. Le vieillard se débattit en geignant, mais les prises du jeune homme - aussi fermes que sa résolution - ne cédèrent pas.

La rumeur enfla rapidement. Quelques badauds s'approchèrent, puis deux hommes de la garde, que l'arrivée des Dragons Pourpres avait en quelque sorte libérés de leur fonction, se hâtèrent vers l'échauffourée. Leur regard sévère passa de l'un à l'autre avant qu'ils n'interviennent.


- Lâche l'ancien mon garçon ! ordonna le plus âgé, une moustache poivre et sel barrant son visage. Vous allez vous expliquer sans vos mains.

Son collègue, plus prudent, restait en retrait, visiblement peu désireux que la situation dégénère.

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PM
écrit le : Samedi 20 Décembre 2025 à 16h28 par Calem
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Les docks n'étaient jamais bien calmes et cette journée n'échapperait pas à la règle. S'il se tenait le plus souvent à l'écart du tumulte Calem en était cette fois-ci l'un des instigateurs. Sa quête de justice l'avait conduit à un point de non retour, si bien que quand le marin tenta une nouvelle fois de fuir sa prise fut implacable. On ne pouvait parlé ni de dispute ni de bagarre et si un mot n'avait pas été prononcé plus fort qu'un autre, les gestes eux, avaient suffi à attirer l'attention. Comme cela était toujours le cas dans ce genre de situation, quelques hommes se rassemblaient déjà pour assister passivement à la scène. Ces derniers furent rapidement suivis des autorités, comme le jeune l'avait espéré.

D'un point de vu extérieur les apparences devaient jouer contre lui, il était jeune et allant et exerçait sa force contre supposément plus faible que lui. Calem savait qu'il devrait jouer de finesse, d'autant plus que sa supposée victime semblait pouvoir user de malice. Il connaissait aussi la garde de Wheloune et ne la tenait pas en haute estime. Si ces messieurs étaient censés faire respecter la loi ils aimaient avant toute chose qu'on les respecte eux, fort du peu de pouvoir qu'il leur était confié. Il relâcha le vieillard sans rechigner dès qu'il fut invité à le faire, puis engagea la conversation avec son l'aîné du duo.


- Salutations messieurs, vous tombez bien, je cherchais justement à vous livrer ce dernier, lança Calem d'une voix forte, avant de poursuivre d'un ton tout aussi assuré afin que tous à proximité puisse clairement l'entendre. Cet homme profitait d'une vue imprenable sur l'accident et a vu ce qui est arrivé à la fillette disparue, mais une bourse d'or lui a comme coupé la langue. Lorsque je l'ai confronté il a tenté de m'acheter à son tour avant de choisir la fuite.

Le jeune homme se tourna alors vers l'accusé, guettant sa réaction ou prêt à le rattraper en cas de nouvelle tentative de fuite. Ses allégations étaient lourdes, mais le peu qu'il avait vu et le comportement plus que suspect du pêcheur l'érigeait bien en coupable.


 
 
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écrit le : Dimanche 21 Décembre 2025 à 12h28 par La Goualeuse
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Les paroles de Calem furent accueillies avec prudence. Au Cormyr, une accusation ne valait jamais condamnation : les questions vinrent vite, ordonnées, sans haussement de ton. Les curieux furent écartés, et une fouille sommaire du pêcheur - obstinément muet, l'air plus inquiet que véritablement coupable - mit au jour dix lions d'or. La découverte ne constituait pas une preuve, mais elle alourdissait grandement les soupçons.

Le milicien ne laissa rien au hasard. Il fit reprendre les faits point par point, soucieux du moindre détail. Qui était-il, et où résidait-il ? Où se trouvait-il au moment des faits ? Qu'avait-il vu, exactement ? Connaissait-il la victime et sa mère ? Comment en était-il venu à s'intéresser au vieil homme ? Il ne cherchait pas tant à piéger qu'à éprouver la solidité du récit. Les pièces confisquées plaidaient contre le pêcheur : la corruption ou l'entrave à une enquête restaient des délits relativement bénins - quelques jours de cellule, une amende - mais la complicité dans un enlèvement ou un meurtre était bien plus grave.


- L'affaire semble sérieuse, conclut enfin le garde d'une voix soucieuse. Assez pour que les Dragons s'en mêlent... Rendez-vous demain après-midi au Corps de Garde, Calem, fils de Velmyr. Nous consignerons votre déposition.

Fallait-il s'attendre à un procès ? Le jeune homme, peu au fait des rouages de la justice cormyrienne, l'ignorait. Il y avait malgré tout peu de chances que le connétable Maximanus Thall réunisse une cour pour un simple pêcheur. Son père saurait peut-être l'éclairer.

Le vieillard, la tête basse, fut escorté jusqu'au bac, sans qu'aucune explication ne lui soit donnée. Le garde moustachu échangea quelques mots à voix basse avec un soldat de la Couronne, puis embarqua à son tour. Le Corps de Garde et la prison se trouvaient de l'autre côté du fleuve.

Sur les docks, l'effervescence routinière avait repris. Les marchands sembiens, la mine renfrognée, scrutaient les moindres faits et gestes des hommes qui déchargeaient le dernier de leur chariot. Le transbordement de leurs précieuses marchandises avait pris du retard ; on terminerait sans doute à la lueur des torches. Calem se hâta de trouver où se rendre utile. Les conversations, discrètes, allaient bon train. On murmurait que l'accident n'était pas le fruit d'un malheureux hasard : des cordages avaient été tranchés, disait-on, net. Les Sembiens accusaient les marchands cormyriens de sabotage, leur vin ayant inondé le marché à leur détriment.

Un peu plus loin, la mère de la petite Solatha, une couverture de laine brune jetée sur les épaules, contemplait les eaux rapides de la Wiverne d'un œil rancunier. Un Dragon Pourpre lui parlait, mais elle ne semblait pas l'entendre.


hrp.gif A toi de me dire ce que Calem fait : on peut jouer la soirée, le lendemain matin s'il tient à faire quelque chose de particulier, ou passer directement à la déposition.



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PM
écrit le : Mardi 23 Décembre 2025 à 15h59 par Calem
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Peut-être avait-il jugé un peu trop vite les deux gardes, car force était de constater leur professionnalisme. L'interrogatoire fut mené avec calme et rigueur, si bien que Calem, confiant sur l'issue de ce dernier, s'y prêta volontiers, avec franchise et humilité. Son instinct ne l'avait pas trompé, l'homme était clairement coupable de quelque chose, mais ce dernier restait malheureusement muet. Le jeune homme ne put en apprendre davantage et espérait en silence que la suite de l'enquête mènerait les autorités à l'enfant. La conclusion du moustachu le tira de ses pensées, ainsi était-il donc invité à se rendre le lendemain au poste de garde. Qu'attendait-on de plus de sa part ? N'avait-il pas déjà tout raconté dans les moindres détails ?

Alors qu'il regardait les fonctionnaires s'éloigner avec leur prisonnier, un brin inquiet par la convocation très formelle qui avait fait office d'au revoir, le tumulte des docks le ramena peu à peu à la terre ferme et à son labeur. Les rumeurs sur l'accident couraient déjà, ce qui n'étonna guère Calem. Il s'efforça de faire abstraction de ces dernières, craignant qu'elles soient fondées et que le marin fraichement accusé n'ait en réalité pas vu Solatha. Ce souhait guida son regard vers la mère de l'enfant qui, apparemment toujours chamboulée, restait incapable de quitter les lieux d'un drame qui la hanterait probablement de jour comme de nuit pour quelques temps. Calem plongea alors sa main dans sa poche et en tira l'écorce de bois argenté que tenait la fillette plus tôt dans la journée. L'espoir qu'il nourrissait valait-il d'être partagé ? Il secoua la tête et rangea le jouet de fortune, persuadé qu'il serait incapable de trouver les mots justes devant un parent endeuillé. Le mieux qu'il pourrait faire pour elles deux serait de témoigner à nouveau demain, au corps de garde.


 
 
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écrit le : Dimanche 28 Décembre 2025 à 16h38 par La Goualeuse
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Les dockers achevèrent le transbordement bien après le coucher du soleil, à la lueur des braseros et des torchères. Les marchands sembiens avaient veillé sur leurs marchandises avec une vigilance soupçonneuse, tonneau après tonneau, quand bien même deux Dragons Pourpres étaient restés sur place pour s'assurer que les opérations se déroulaient sans incident.

La mère, fébrile, presque léthargique, fut reconduite sur l'autre rive par les deux autres soldats. Sa silhouette se perdit dans la nuit sans un regard en arrière.


La convocation judiciaire priva Calem d'une nouvelle journée de travail sur les docks. Il dormit plus tard que de coutume, la fatigue l'ayant rapidement entraîné dans un sommeil lourd, mais troublé de cauchemars confus : images mêlées de culpabilité sourde, de compassion impuissante et d'une colère indignée contre l'égoïsme marchand qui avait coûté la vie à la petite Solatha.

Le corps de garde se dressait non loin des quais, à l'intersection de la Route de la Manticore - axe marchand en plein essor - et de l'ancienne route de Wheloune, longeant le fleuve autour duquel la ville s'était développée. Bâti tout en pierre et frappé des armes de la cité, l'édifice abritait à la fois la milice locale, la caserne des Dragons Pourpres, l'armurerie et la prison.

L'entrée était gardée, mais on laissa passer Calem sans difficulté. La milice, composée en grande partie de volontaires issus du négoce et de l'artisanat, entretenait un rapport étroit avec la population. Sa porte voyait défiler chaque jour toutes sortes de gens venus pour des affaires plus ou moins graves, qui souvent regardaient plus le commerce que la justice.

On ne semblait pas spécialement l'attendre, mais l'affaire qui le concernait n'était pas un mystère. Elle avait été jugée dans la matinée, à la première heure, par le capitaine Holveth Marstor en personne. Le vieux pêcheur, incapable de s'acquitter de l'amende prononcée, purgerait sa peine par des corvées pénitentiaires avant de retrouver la liberté. Faute de preuves tangibles, toute complicité dans l'enlèvement avait été écartée. Seul le crime d'entrave à l'enquête avait été retenu. L'homme avait nié avec opiniâtreté avoir vu quoi que ce soit, ou avoir été payé pour son silence. Les lions d'or saisis constituaient, à ses dires, l'intégralité de ses économies - ce qui restait de la somme qu'il avait emportée en fuyant Arabel et qu'il n'abandonnait jamais.

Calem ne put s'empêcher de ressentir un trouble diffus. Certes, seules les grandes affaires donnaient lieu à une audience publique, et la majorité des dossiers étaient traités sans éclat. Cependant, la vitesse avec laquelle le cas du pêcheur avait été expédié lui paraissait fort étonnante.

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PM
écrit le : Dimanche 04 Janvier 2026 à 14h32 par Calem
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Bien qu'il eut été convoqué en début d'après-midi Calem réalisa rapidement après s'être annoncé que le jugement n'avait pas attendu sa déposition. La surprise se mêla à la confusion sans pour autant céder à la colère, il avait manifestement perdu son temps tout comme la justice avait perdu ce combat. Si la culpabilité du vieillard avait en partie été reconnue, rien en revanche n'avait été énoncé sur les suites qui seraient données à cette affaire d'enlèvement. Les autorités s'en arrêteraient-elles là ? Puisqu'il avait fait le déplacement et quelque peu orgueilleux, Calem relança la discussion avec l'un des miliciens qui l'avait renseigné jusqu'ici.

- Quel genre d'homme faut-il être pour enlever une enfant ? Rechercherez-vous la petite Solatha ? Demanda le jeune-homme sur un ton faussement détaché, avant d'ajouter toujours aussi concerné : Je doute qu'elle soit la seule malheureusement. Wheloune doit abriter bien des horreurs dont vous êtes les pauvres témoins...

D'autres questions lui venaient en tête et toutes lui rappelaient qu'il aurait dû et aimer assister au jugement, ne serait-ce que pour voir qui y était présent. La mère de Solatha avait-elle également été convoquée ? Comme par réflexe, Calem balaya la pièce de son regard à la recherche de cette dernière, se pourrait-il que, comme lui, elle ait été convoqué après cette mascarade de procès ? Avait-elle seulement été informée que son enfant n'avait probablement pas été happée par la Wiverne mais avait été la proie de la malveillance des hommes ?



 
 
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écrit le : Mercredi 07 Janvier 2026 à 15h40 par La Goualeuse
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- Solatha ? répéta le milicien, fronçant les sourcils comme si le nom lui échappait, avant de hocher la tête. Oh, bien sûr, la gamine...

Il marqua une pause. Son regard glissa autour d'eux, s'attardant sur les bancs, les murs de pierre, puis vers l'embrasure de la porte. Personne n'était à portée d'oreille, mais il baissa instinctivement la voix :

- Hmmm, il n'y a pas encore eu de consignes claires... Après tout, c'est pas impossible que la petite soit vraiment tombée dans le fleuve. On entend ça aussi, hein... Mais on va chercher, bien sûr qu'on va chercher. Il se redressa, bombant le torse. On cherche toujours, vous pouvez avoir confiance en la milice de Wheloune.

La formule sonnait juste... et pourtant creuse. L'absence de preuves jouait manifestement contre Solatha. Les recherches seraient-elles différées ou étaient-elles déjà compromises ? Calem avait toutes les raisons d'être sceptique. D'ailleurs, la mère de l'enfant était absente.



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PM
écrit le : Samedi 10 Janvier 2026 à 15h19 par Calem
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Loin d'être dupe quant au numéro du bon petit soldat qui lui proposait son interlocuteur Calem ne put réprimer un sourire goguenard. Le discours avait bien été intégré, qu'en serait-il des actes ?

- Que la Grande-Mère vous aide à retrouver cet enfant, conclut Calem dans une prière aussi pieuse qu'elle était vaine.

Les affaires de la Garde suivaient leur train, elles étaient sûrement nombreuses ces jours ci. L'enlèvement d'une enfant demeurait pour le jeune homme un marqueur fort de la déchéance dans laquelle Wheloune sombrait peu à peu. Cette pensée lui était particulièrement insupportable, lui qui avait grandit au cœur de la ville, longtemps bercé par le cours du fleuve et des rêves insouciants. Fuir lui sembla une nouvelle fois la réponse la plus adaptée, partir quelques semaines, quelques mois peut-être et voguer sur la Wiwerne, loin des tumultes de la ville et de ses intrigues. Témoin de son impuissance et, une nouvelle fois malheureusement, de l'injustice de ce que certains vantaient comme la Société, il tourna les talons et se dirigea vers la sortie avec pour destination les docks. Aussi agités soient-ils ces derniers auraient toujours quelque chose de familier et rassurant. Là bas les accidents de la veille seraient comme oubliés et, à bord d'une caravane fluviale, sur l'eau, il tournerait lui aussi rapidement la page.


 
 
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