| |
|
Chapitre 2 : Courants contraires
|
|
Vieille Bique
Chambre 9
Aucune gemme
|
| |
| |

1373, Kythorn – première décade, cinquième jour Cormyr - Ville de Wheloune Hall des Récoltes (rive est de la ville)C'était à nouveau sous le vieux saule, là même où Joran leur était tombé dans les bras, que les trois compagnons s'étaient réunis en cette fraîche matinée printanière. Orienas avait proposé la taverne paternelle, le vent ayant sensiblement forci depuis la veille ; mais Asterious, dont la méfiance avait grandi au fil de leurs découvertes, avait insisté pour un lieu à l'écart des oreilles indiscrètes.
Les événements du manoir Ormantrel auraient tourné au désastre si Bremma n'avait, contre toute attente, survécu au choc qui l'avait terrassée. Pressée de questions, Else avait relaté à ses compagnons les faits dans les moindres détails. Le tumulte avait éclaté aussitôt. Arelle, après un cri perçant, s'était jetée au chevet de sa maîtresse, les mains tremblantes, incapables de se fixer sur le corps inerte. L'indignation l'avait brièvement emporté : elle avait accusé l'intruse d'avoir causé ce malheur, avant que la raison ne reprenne le dessus et qu'elle ne s'en remette à la prêtresse pour tenter de la secourir.
Joran, figé au seuil, avait compris sans vraiment comprendre qu'il était au cœur de la catastrophe. Les paroles des adultes glissaient sur lui ; son visage s’était vidé de toute joie.
Selanna, elle, n'avait ni crié ni reproché quoi que ce fût. Le regard assombri, elle avait gagné l'étage d’un pas vif et secondé Else avec une efficacité remarquable, ordonnant qu'on ouvre les volets, qu'on apporte de l'eau fraîche, qu'on fasse circuler l'air.
Après de longues minutes d'efforts, Else avait du se rendre à l'évidence : il ne s'agissait ni d'un mal mystérieux ni d'un empoisonnement, mais d'un effondrement brutal d’un organisme déjà trop affaibli. Un rapide examen de la desserte pharmaceutique au pied du lit avait révélé quelques fortifiants, mais surtout des somnifères et diverses drogues réputées calmer les nerfs, combattre l'anxiété, endormir l'esprit. Bremma n'avait vraisemblablement pu supporter d'entendre la voix de celui qu'elle croyait mort. Le repos était la seule prescription possible.
Tystarn avait reconduit les visiteurs vers l'entrée. Arelle pleurait en silence. Joran, blotti dans les bras du vieil homme, ne prononçait plus un mot. Selanna, seule à conserver une froide maîtrise, avait assuré qu'on les ferait prévenir au Hall des Récoltes dès que Dame Ormantrel serait en état de les recevoir. Il n'était toutefois pas exclu que la garde, dont la venue promettait d'être éprouvante, les précédât puisqu'ils avaient la légitime intention d'informer les autorités. Le lendemain, Orienas s'était présenté au poste de garde dès l'aube. Holveth Marstor, capitaine de la milice, l'avait reçu aussitôt qu'il avait appris que le petit Joran Ormantrel avait été retrouvé vivant. D'une quarantaine d'années, les tempes déjà grisonnantes, l'homme dissimulait son embonpoint sous une tenue soignée ; il avait davantage l'allure d'un administrateur scrupuleux que d'un soldat aguerri. La nouvelle avait laissé sans voix le milicien de faction que le demi-elfe avait d'abord rencontré, et il avait fallu insister pour qu'on consente à le conduire jusqu'au capitaine. L'affaire mettait la milice dans une position délicate : n'étaient-ce pas des gardes qui avaient retrouvé le corps de l'enfant, l'avaient identifié, puis restitué à sa mère ? Comment une telle erreur avait-elle été possible ?
Preuve de l'importance qu’il accordait à la situation, Marstor avait assuré que le seigneur Sarp Redbeard serait personnellement informé. Deux enquêtes seraient ouvertes : l'une, interne, pour éclaircir l'origine de la méprise ; l'autre, en ville, pour retrouver les ravisseurs. Il avait noté avec soin le témoignage d'Orienas, la description précise des deux faux serviteurs, et avait évoqué la nécessité d'interroger Joran - tâche délicate, qui requerrait peut-être la présence de l'un de ses bienfaiteurs. Il s'était renseigné pour les joindre : la Choppe Bien Accordée , ou le Hall des Récoltes.
À la mention de "Solatha", la plume du capitaineavait manqué lui tomber de la main. Une enfant de ce nom s'était noyée quelques jours plus tôt lors de l'effondrement d'une cargaison de vin sembien sur les quais. Le dossier, classé à la hâte, devait désormais être rouvert.
Orienas avait quitté le corps de garde avec l'impression d'avoir mis deux grands coups de botte dans une fourmilière. L'entretien, bien que demeuré courtois, s’était rapidement tendu. L'impression que le capitaine Marstor, doué pour contenir sa colère, ne lui avait pas tout dit le taraudait. Il crut l'entendre beugler les noms de deux subalternes avant même d'avoir franchi le seuil.
Un passage sur les docks avait permis de dater plus précisément la disparition de Solatha : le premier jour de Kythorn. La fillette laissait derrière elle une mère brisée, dont la présence fantomatique au bord du fleuve ces derniers jours avait marqué les esprits. Quant au symbole perverti de Kelemvor, nul n'avait pu lui en expliquer l'origine. Les plus avisés y avaient vu un avertissement, ou l'annonce d'un équilibre rompu, voire une dette à payer. Else, de son côté, avait d'abord dû répondre de son absence auprès du grand prêtre Harrandave Donohar. Manquer aux travaux des champs était bénin ; négliger les offices l'était moins. Après l'avoir écoutée, le vieil homme l'avait réprimandée avec une sévérité teintée d'affection : rien de ce qui touchait le Hall des Récoltes ne devait lui échapper. En pénitence, elle avait participé aux semailles puis assuré les rites garantissant la fécondité des terres. Personne, aux champs, n'avait entendu parler d'une Solatha. Les quelques frères et sœurs interrogés n'avaient pu éclairer davantage le symbole dévoyé de Kelemvor, sinon pour rappeler qu'il était très périlleux de profaner ainsi les signes divins.
La journée semblait perdue lorsque, contre toute attente, le père Donohar était venu la trouver. Les troubles qu'elle avait évoqués avaient éveillé sa curiosité. Après quelques questions discrètes, il avait appris qu'Alma, scribe du Temple, connaissait une Solatha : son fils Calem, docker, avait assisté au drame. Il demeurait convaincu qu'il ne s'agissait pas d'un simple accident ; aucun corps n'avait été retrouvé.
Intrigué, et touché de voir Else troublée par l'affaire, le haut prêtre lui avait accordé jusqu'à la fin de la décade pour enquêter, à la condition expresse qu'aucune prière ne fût négligée, où qu'elle se trouve. Else retenue au Hall des Récoltes par ses fonctions, Astérious s'était trouvé pour ainsi dire livré à lui-même. Il avait pris plaisir, sans doute, à vagabonder un peu entre les cultures qui entouraient le temple de la Grande Mère : la renaissance de la nature, chaque printemps, était un spectacle dont il ne se lasserait jamais. Mais la saison en était encore à ses premiers frémissements.
Il avait pris ensuite le chemin du manoir Ormantrel, partagé entre l'inquiétude et les soupçons. Un danger se dissimulait dans l'ombre de la bâtisse. Il ne le voyait pas - mais il l'avait senti. L'intuition d'un druide le trompait rarement ; il devait la transformer en certitude.
Il avait d'abord patrouillé aux alentours de la propriété, l'observant à distance, surveillant les allées et venues. Arelle s'était rendue au lavoir, tandis que Tystarn avait vaqué à des occupations aussi diverses que fendre du bois, puiser de l'eau ou sortir les ordures. Il les avait salués de loin, Cornichon jappant gaiement alors qu'ils agitaient la main. Le petit Joran était demeuré invisible et la dame n'avait reçu aucune visite.
Le début d'après-midi avait été plus calme encore. Le gnome se souvenait qu'Arelle avait coutume de faire la sieste. Lui-même, confortablement adossé contre son fidèle compagnon, allait lui fermé les yeux lorsqu'il avait aperçu le vieillard se faufiler hors du manoir et se diriger vers une petite dépendance de pierre, à l'écart : le caveau familial. Il faisait confiance à Tystarn. Pourtant, ce détour vers le caveau l'avait alarmé. Se relevant à la hâte, il s'était empressé de le suivre.
Le caveau était un édifice sobre : un porche de vieilles pierres gravées du blason de la famille Ormantrel - un O et un L délicatement entrelacés - abritait des escaliers s'enfonçant sous terre. Tystarn ne s'était pas montré confus du tout lorsqu'Astérious l'avait surpris, torche à la main, penché au-dessus du petit cercueil de bois qu'il venait de retirer de sa niche funéraire. "Ça me trottait dans la tête depuis hier", s'était-il expliqué, "tant et tant que je ne pouvais pas dormir...". Et pour cause : si Joran était vivant, qu'avait rendu la milice à sa mère ?
Ils avaient fait sauter ensemble le panneau de bois. À l'intérieur ne reposait aucun enfant, mais la carcasse d'un agneau, soigneusement décharnée, grossièrement découpée. Fallait-il en informer la milice lorsqu'elle viendrait, comme on pouvait s'y attendre, constater la présence de Joran ? Tystarn, sans hésiter, avait déclaré qu'il suivrait la décision d'Astérious... Lancers... Orienas - Jet de compétence : Psychologie : 19(d20) +4(deg) +2(Sag) +2 = 27 Orienas - Jet de compétence : Social : 12(d20) +4(deg) +3(Cha) +2 = 21 Else - Jet de compétence : Social : 18(d20) +4(deg) +2(Cha) = 24

Trêve de jacasseries !
|
|
|
| |
|
|
|
|
|
|
Habitant des Royaumes
Aucune chambre
Aucune gemme
|
| |
| |

Difficile de croire que deux jours seulement c'étaient écoulé depuis la dernière fois que les trois amis c'étaient retrouvés au pied de ce vieux saule tant l'ambiance avait changée. Oubliées leurs insouciantes discussions en dégustant les petits pains apportés par Else le dos réchauffé par les doux rayons du soleil de printemps. Le temps à l'unisson de l'humeur du trio s'était bien rafraichi.
Le col de son manteau remonté pour se protéger du vent mordant, Orienas alluma sa pipe puis entreprit de narrer sa journée de la veille à ses deux amis. - "Voilà vous savez tout" conclut-il après leur avoir raconté son entretien avec le capitaine de la garde et ses recherches sur les docks.
- Le capitaine Mastor n'a pas aimé mon récit mais il n'e s'est pas défilé. Je pense qu'il prend désormais cette affaire au sérieux : maintenant que la garde s'est fourvoyée une première fois, il aura à cœur de redorer son blason, d'autant que dans l'enquête sur la disparition de la petite Solantha ils ont également conclu trop vite à la mort de l'enfant. J’espère qu'il ne tentera pas de nous tenir à l'écart. Deux enfants enlevés à une décade d'intervalle et dans les deux cas, les ravisseurs ont eu tôt fait de faire croire à la mort de leur victime. Je ne sais pas sur quoi nous sommes tombés, mais j'ai très peur que Joran et Solantha ne soient pas les seules victimes. Ces enlèvements m'ont l'air trop bien mené pour être le fait d'amateurs ou d'opportunistes.
- Et vous qu’avez-vous réussi à découvrir hier ? L'un de vous a-t-il pu trouver la signification du symbole tracé sur la porte du manoir De ce côté, j'ai fait complètement chou blanc.

|
|
|
| |
|
|
|
|
Suivre ce sujet
Pour recevoir une notification par e-mail lorsqu’une réponse est faite dans ce sujet et que vous n’êtes pas présent sur les forums.
S’abonner à ce forum
Pour recevoir une notification par e-mail lorsqu’un nouveau sujet est créé dans ce forum et que vous n’êtes pas connecté.
Télécharger / Imprimer ce sujet
Télécharger ce sujet dans différents formats ou afficher une version imprimable.
|
|
|