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Chapitre 2 : Courants contraires
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Vieille Bique
Chambre 9
Aucune gemme
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Else et OrienasTystarn confirma la présence de Selanna à Else. Celle-ci rendait visite à son amie tous les jours, plusieurs heures. Les premiers temps, après le drame, il lui était même arrivé de coucher au manoir.
Les compliments qu'on adressa à Joran eurent tôt fait de chasser sa déception de ne pas croquer dans l'une des délicieuses Tresses de Chauntéa . Bombant le torse, il minauda quelques instants dans ses beaux habits avant de saisir la chevalière pour mieux l'exhiber à leur vue.Joran |  | - Ce n'est pas un anneau, corrigea-t-il d'un ton presque sentencieux, c'est une chevalière. La chevalière de mon père, même. Et là, poursuivit-il en désignant de son petit doigt l'imposant chaton gravé de la bague, c'est le blason de notre famille : le O et le L. Ormantrel !
Il rit, avant de se rembrunir.
- Les méchantes personnes... Elles me l'avaient volé.
Il plaqua la chevalière contre sa poitrine, la main bien à plat, l'œil brillant. Bien des émotions semblèrent le traverser, tandis qu'il restait muet, le regard un peu vague.
- Mais elles l'avaient rapportée ici, à maman.
Ses yeux allèrent subrepticement vers Tystarn, puis vers Else et enfin Orienas. Il ajouta, d'une voix plus hésitante :
- C'est un souvenir... alors... c'était pour se souvenir de moi, aussi. Pour maman...
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Les joues plus roses et les cheveux soigneusement peignés, Joran a désormais plus fière allure. Il porte un bliaud de soie bleue, au col et aux manches finement brodés de fil blanc. |
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Le vieil homme tentait en vain de dissimuler son embarras, il était de ces gens trop entiers pour savoir feindre. Aussi la visite du domaine réclamée par Orienas offrit une parfaite diversion. Le garçonnet le saisit par la main et l'entraîna vers les escaliers, enthousiaste à l'idée de lui montrer sa chambre.ElseLe domestique, seul avec Else, semblait encore troublé. Il tirait sur l'extrémité de ses manches, la tête baissée, comme pris en faute. - Le petit... commença-t-il en bredouillant. Il est malin, savez. Mais à cet âge, on comprend pas tout. Et heureusement, heureusement... Il jeta un coup d'œil en haut des escaliers, pour s'assurer que Joran n’était plus là, puis reprit à voix basse.- Les vêtements étaient pleins de sang, qu'ont dit les gardes. Le corps... méconnaissable. Alors ils ont rendu la bague, voyez. Il regarda alors la jeune femme droit dans les yeux. C'est comme ça qu'ils ont reconnu le petit. C'est comme ça qu'on était sûr, quoi. Après avoir essuyé ses yeux d'un revers de poignet, il inspira profondément. Sous le regard bienveillant de la prêtresse, il se reprit. Il l'invita d'un geste à la suivre à l'extérieur.- J'ai pas eu le temps de vous dire, dame Else. Holveth Marstor, il est allé voir dans le caveau, bien sûr. On est descendus tous les deux, j'ai fait comme si de rien... Messire Asterious, j'avais promis. J'ai rien dit, savez ! Mais je sais pas jouer la comédie alors... Les gardes ont remporté le cercueil. C'est mieux comme ça. Le vieil homme avait contourné le manoir, pour montrer à Else un édifice sobre à l'arrière de la propriété : un porche de pierre gravé du blason des Ormantrel - un O et un L délicatement entrelacés. Le blason était désormais familier.
Il accepta volontiers l'aide qu'elle lui proposa. Il avait requis l'aide de Joran pour l'aider à fendre des bûches ; elle ramasserait les petits morceaux à sa place. La tâche était peu propice à une conversation suivie, mais elle parvint tout de même à obtenir des informations entre deux coups de hache.
Dame Draelor s'y entendait en médecine, bien mieux qu'Arelle qui croyait être savante dans ce domaine alors qu'elle ne savait que des recettes de bonnes femmes. Elle avait su l'apaiser, lui rendre le sommeil, mais pas l'appétit. Elle avait sauvé Dame Ormantrel de la mort, car on pouvait bel et bien mourir de chagrin. "La peine ne se guérit pas, répétait-elle souvent pour les encourager à la patience, le seul remède, c'est le temps. Elle avait elle-même connu beaucoup de douleurs, mais Tystarn ne pouvait en dire plus à ce propos. C'était à Arelle que Selanna s'était confiée. Du reste, il supposait qu'elle pourrait s'entretenir avec la convalescente une fois qu'elle aurait fini de se reposer.
La vie du vieux domestique était des plus ordinaires, très routinière. Quant à celle de la famille, il se montrait peu loquace pour en parler. La disparition du maître de maison, qu'il semblait aimer comme un fils, était une blessure encore vive. Les Ormantrel avaient connu un bonheur véritable après la naissance de Joran, mais celui-ci avait été de bien trop courte durée. Quant à la nuit du drame, il était encore moins disert : toute la maisonnée avait dormi comme à l'ordinaire ; à leur réveil l'enfant avait disparu. La culpabilité perçait dans sa voix, il était évident qu'il s'en voulait. Lorsque Else entra dans la chambre de Dame Ormantrel, celle-ci était encore alitée, dans l'exacte posture où elle l'avait rencontrée la première fois. L'odeur de cabinet d'apothicaire était beaucoup moins forte, presque discrète même. Elle avait légèrement incliné la tête pour saluer la prêtresse. Ses lèvres avaient bougé, lui sembla-t-il, mais le bruit de ses pas et l'agitation d'Arelle avaient suffi à couvrir le son de sa faible voix.
La vieille servante, qui entrouvrait les volets pour faire entrer un peu de jour, venait de déposer une bouilloire encore fumante sur la desserte près de laquelle se tenait Selanna. Cette dernière, vêtue non moins élégamment que la fois précédente et dans les mêmes teintes, se retourna et sourit à Else. Elle fouillait distraitement dans un sachet de toile. Selanna |  | - Dame Else, vous tombez bien. J'étais justement en train de préparer une infusion pour Bremma.
Elle déposa quelques feuilles au fond d'un mortier, avant de renouer les cordelettes. Sans voir toute la desserte, Else remarqua qu'elle était moins chargée qu'auparavant - les fioles, surtout, s'étaient raréfiées.
- Bremma s'est réveillée avec une envie fruits, mais en cette saison... Heureusement, Arelle a solution à tout.
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Cette femme d'une trentaine d'années est d'une beauté sombre et renversante. Sa voix, comme chacun de ses gestes, semblent comme ralentis par une douce langueur. |
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La vieille servante rit de bon cœur, puis s'empressa d'aller chercher la collation réclamée par sa maîtresse.OrienasTandis qu'il grimpait les escaliers, Joran expliqua à Orienas qu'il ne fallait pas faire de bruit à l'étage, car sa mère était encore bien malade. Aussi présenta-t-il ses deux poupées de chiffon (Grumm et Gramm) à voix basse, de la même manière qu'il passa en revue ses figurines de bois (pour la plupart des animaux, mais il y avait également quelques soldats) et qu'il commenta l'imposant tableau surplombant son lit.Joran |  | - C'est mon père, là. Il était très fort. Et maman. Il marqua une pause. Elle sourit... Au milieu, le bébé c'est moi. On était tous les trois, avant. Mais c'était avant... Il faut oublier. Tout oublier. Ce qui a été ne reviendra plus...
Ces derniers mots tombèrent d'une voix mécanique, comme une récitation. Le garçonnet releva les yeux vers Orienas : une vague inquiétude s'y lisait.
- C'est vrai ?
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Les joues plus roses et les cheveux soigneusement peignés, Joran a désormais plus fière allure. Il porte un bliaud de soie bleue, au col et aux manches finement brodés de fil blanc. |
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Du reste, ce qu'il crut comprendre de la vie au manoir avant l'enlèvement lui sembla peu réjouissant. Joran, avec ses mots d'enfant, décrivait Bremma Ormantrel comme une mère douce et aimante, mais terriblement triste. Elle lui apprenait à lire et à écrire, veillait à l'instruire comme il se devait pour un jeune aristocrate. Mais à l'évidence, Tystarn et Arelle s'occupait beaucoup de lui.
Le garçonnet se montrait réticent à parler de ses retrouvailles avec sa mère. Il avait assuré qu'elle était "très contente" de le retrouver, mais le demi-elfe perçut bien qu'il en était peu convaincu. Le presser sur ce sujet sensible risquait de lui arracher des larmes, qu'il voyait déjà poindre. L'inquiétude dominait : sa mère était malade, il le voyait bien, mais quelque chose avait changé. Elle ne semblait plus triste "comme avant".  Arelle se montra tout à fait disposée à la conversation après avoir accompli son devoir auprès de sa maîtresse, dont elle se réjouissait qu'elle eut réclamé une collation. Ce fut délestée d'un pot de cerises au sirop et légèrement essoufflée qu'elle le retrouva dans la cuisine.
La vieille domestique était de nature revêche, et plutôt méfiante. L'interroger s'avérait bien moins facile et plaisant qu'interroger cette bonne pâte de Tystarn...
Tout avait pourtant bien commencé. Arelle se replongeait avec gourmandise dans les belles années, où elle servait deux jeunes amoureux puis deux jeunes parents. Elle ne tarissait pas d'éloges sur Selanna qui, à l'entendre, avait sauvé sa maîtresse. Après le décès de Sire Ormantrel, Bremma avait beaucoup souffert dans son deuil et l'avait surmonté à grand peine, si on pouvait dire qu'elle l'eut vraiment surmonté. Elle ne quittait plus ses murs, ne répondait à aucune invitation. Les visites des familiers s'étaient alors peu à peu espacées, pour finalement devenir exceptionnelles, puis cesser. Mais les dieux, cet hiver, avaient mis sur son chemin une autre âme blessée qui elle avait réussi à guérir : Selanna. En l'espace de quelques mois, elle était devenue une amie intime, indéfectible. Et de conclure : "Sans elle, m'est avis qu'on l'aurait perdue".
La conversation avait pris un tour tout autre à l'évocation de la nuit du drame. La servante, se sentant aussitôt mise en cause, était rapidement devenue vindicative : tous dormaient, certes, mais la porte était barrée comme toutes les autres nuits et personne, pas même Dame Ormantrel, avait entendu le moindre bruit. Lorsque Orienas avait battu en retraite et changé de sujet, pour ensuite évoquer les sombres paroles de la mère et du fils, la vieille n'avait pas décoléré : "Oh ! monsieur n'a donc plus que des questions qui blessent ! Sa langue est comme un méchant couteau !". Il eut beau tenté de l'apaiser, elle était piquée. Il réussit néanmoins à apprendre que Bremma, au plus bas de son premier deuil, avait tenu des discours très défaitistes, au point d'évoquer le suicide. Mais de ces tristes jours, Arelle ne voulait plus parler.Calem et AstériousKathyl n'opposa aucune résistance lorsque Calem, poussant le panneau de bois, entra chez elle. Elle referma derrière Astérious sans un mot, sans même les regarder. Puis, d'un pas lent, elle alla jusqu'à la fenêtre, tira le rideau épais et ajusta le volet pour laisser filtrer un peu de jour.
La lumière révéla une pièce étroite, plus profonde que large, au sol de terre battue. L'air y était lourd, chargé d'une odeur tiède et animale ; celle des lieux trop longtemps clos. Calem y retrouva les relents des dortoirs surpeuplés au petit matin. Il s'y mêlait néanmoins quelque chose de plus âcre, presque rance, qui évoquait au druide un mauvais encens.
Les murs de pierre nue, froids et poudreux, n'étaient décorés que de quelques bouquets de fleurs séchées, suspendus çà et là puis oubliés. Dans un angle, une paillasse grossière disparaissait sous un entassement de couvertures. À l'opposé, une commode basse supportait quelques babioles : une poupée de chiffon, une toupie de bois blanc, des morceaux d'écorce et des cailloux soigneusement alignés - un trésor dérisoire comme en rapportaient tant d'enfants de leurs excursions. Près de la fenêtre, un foyer sommaire creusé à même la terre, entouré de quelques ustensiles noircis, tenait lieu de cuisine. Les braises étaient noires et froides. Une table bancale, sur laquelle traînaient un bol, des restes à peine entamés et un pichet d'eau, entourée de trois tabourets inégaux, complétaient l'ensemble.
Kathyl resta debout, dos à la lumière. Elle ne les invita pas à s'asseoir. Lorsque Calem évoqua l'enquête du Temple, rien ne passa sur son visage : ni surprise, ni espoir, ni même curiosité. Elle tourna à peine la tête vers Astérious quand il prit la parole pour lui donner d'autres motifs d'espoir. Mais les mots qu'il lui adressa glissèrent eux aussi sur elle, sans trouver plus de prise.- Il est vain d'espérer, souffla-t-elle enfin, d'une voix basse, terriblement lasse.
Sa main monta à sa bouche, comme pour contenir un sanglot ou un cri. Calem nota que le ruban noir enserrait toujours son poignet. Elle releva alors les yeux vers le druide : il n'y restait plus rien, sinon une résignation sans fond.- Ce qui est pris est perdu, lâcha-t-elle, impassible. Il ne reste que la douleur. Lancers... Orienas - Jet de compétence : Social : 6(d20) +4(deg) +3(Cha) +2 = 15

Trêve de jacasseries !
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Habitant des Royaumes
Aucune chambre
Aucune gemme
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Les paroles de Kathyl tombèrent dans la pièce comme une pluie froide sur de la cendre. Astérious sentit le poids de cette résignation, lourde comme une terre détrempée où plus rien ne pousse. Il connaissait cela : quand la douleur devient tanière et qu’on finit par y vivre recroquevillé. Ces mots firent naître chez Astérious une colère sourde. Non contre elle. Contre ceux qui avaient réussi à étouffer jusqu’à l’instinct d’une mère. Mais tant qu’un souffle demeure, rien n’est totalement perdu. La forêt repousse même après l’incendie. Il fallait lui rappeler cela, sans brutalité.
Le gnome s’avança d’un pas mesuré. Il ne cherchait ni à dominer l’espace ni à l’envahir, seulement à se rendre présent. Sa voix se fit grave, patiente, semblable au vent dans les branches.
- Dame Kathy, la douleur parle souvent comme si elle détenait toute vérité. Elle murmure que tout est fini, que rien ne reviendra, qu’il faut se coucher et attendre. Mais la douleur ment parfois. Elle vous serre la gorge, elle vous brouille l’esprit, elle vous murmure de rester là, immobile à attendre la fin.
Son regard se posa sur les modestes trésors d’enfant alignés sur la commode, puis revint vers elle.
- Il vous faut retrouver, quelque part en vous, une braise qui n’est pas encore morte. Une lumière assez forte pour dissiper la brume que le chagrin a posée sur votre esprit.
Il marqua un silence, et s'exprima avec plus d'intensité, plus vivants:
- Vous êtes une mère. Et une mère blessée porte encore les crocs de la louve, même lorsqu’elle croit ne plus avoir de forces. Elle traverse la nuit s’il le faut pour retrouver ce qu’on lui a volé.
Ses yeux se firent plus perçants et sa propre colère vibrait dans ses paroles, tenues en laisse avec effort.
- Alors prenez cette rage, Dame Kathyl. Ne la laissez pas vous ronger couchée dans l’ombre. Tenez-vous debout avec elle. Donnez-lui des yeux. Donnez-lui une direction. Qui rôdait autour de vous ? Qui, ce jour-là, n’aurait pas dû être là ? Avez-vous entendu parler d’autres disparitions, d’autres enfants manquants, d’histoires étranges dans le quartier ou sur les quais ?
Astérious posa une main sur sa propre poitrine.
- Revenez à ce jour-là. Même si cela fait mal. Les odeurs, les voix, les visages, les gestes inhabituels… tout compte.
Puis, plus bas, avec une sincérité rugueuse :
- Le courage n’est pas de ne pas trembler. Le courage, c’est parler malgré les tremblements.
Il resta immobile, laissant à Kathyl l’espace de répondre.

Niveau 0: - Soins superficiels: Rend 1 pv à la cible. - Illumination: Éblouit la cible (–1 aux jets d’attaque). - Assistance divine: +1 à un jet d’attaque, jet de sauvegarde ou test de compétence.
Niveau1: -Flammes: 1d6 points de dégâts, +1/niveau, contact ou lancer. -Morsure magique: Une arme naturelle du sujet gagne +1 aux jets d’attaque et de dégâts.
"Les racines comme conductrices de résonance du vivant..."
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