- Les dieux t'entendent, mon garçon...
lança le milicien, du ton de ceux qui espèrent encore, mais n'y croient plus vraiment.
Calem quitta le corps de garde avec davantage de questions que de réponses. Il savait bien que la criminalité avait explosé depuis l'afflux des réfugiés d'Arabel et l'extension mal maîtrisée de la ville. Mais les rumeurs parlaient surtout de larcins, de contrebande, de trafics sans grande conséquence... Les disparitions du petit Ormantrel et de Solatha relevaient-elles du même mal, ou n'étaient-elles qu'une funeste coïncidence ?
En marchant vers les quais, espérant trouver dans le labeur du port de quoi noyer ses pensées, il poursuivait ses ruminations. Un tueur d'enfants sévissait-il réellement à Wheloune ? Et si tel était le cas, aurait-il osé agir en plein jour ? À bien y réfléchir, Calem n'avait rien vu d'autre que ces fragments d'écorce cendrée. Quant au vieux pêcheur, il ignorait encore ce qu'il avait réellement aperçu : peut-être moins Solatha que la main coupable ayant tranché les cordages de la cargaison de vin ?
1373, Kythorn - première décade, deuxième jour
Cormyr - Ville de Wheloune
Abords du bac de la Wiverne (rive est)Le jeune homme attendit la pause méridienne pour se mêler aux autres dockers, interrogeant ses camarades sur d'éventuelles caravanes fluviales de longue distance. L'envie de prendre le large le travaillait depuis longtemps ; Wheloune lui paraissait désormais trop vaste, presque étrangère. Mais rien de tel ne se profilait. On ne cherchait des hommes que pour des courses courtes, vers les villages du sud, ou pour un cabotage ingrat, à contre-courant.
Ce ne fut qu'au moment où la cloche du contremaître dispersa les ouvriers que Calem la remarqua. Sur la rive opposée, la mère de Solatha se tenait au plus près de l'eau, immobile, semblable à une figure oubliée du paysage. Une couverture sombre reposait sur ses épaules . La tête tristement inclinée vers le fleuve, elle semblait attendre...