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> Mythdaë, Lieux à l'intérieur de l'île de Mythdaë.
écrit le : Hier à 20h47 par Yvhann
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Lou-Wyll

Il y a toujours une petite flamme fragile qui refuse de s'éteindre. Cette force intérieure qui permet de continuer à briller malgré les épreuves. Elle n'a pas besoin d'être un brasier pour exister; sa simple persistance suffit à repousser le noir total et tant que cette lueur existe, le champ des possibles reste ouvert. C'est ce qui reste quand tout le reste a été dépouillé. Dans cette cité-état indépendante de la péninsule aglarondienne, deux fragiles flammes existèrent, il y avait Lou-Wyll Hautefalaise et Elian de l'Âtre-Mort.

Ce dernier, un érudit qui a survécu à une catastrophe en se cachant dans les ombres, convaincu que la lumière la plus pure naît du contraste avec l'obscurité. Son destin ne fut point forgé dans les académies rutilantes, mais dans les replis fétides de la bibliothèque de ses ancêtres, là où les ombres s'étiraient avec une malveillance consciente. Rescapé d'un incendie aux lueurs surnaturelles qui dévora le domaine familial dans un brasier dont l'origine semblait défier les lois de la combustion terrestre, il en ressortit avec un regard d'un gris de cendre et une vérité glaciale.

Lou-Wyll l’avait croisé, du moins c’est ce qu’il crût et croit encore, car ce que nous nommons réalité n'est qu'un voile ténu, une vapeur diaphane flottant sur l'abîme. Elian ne projetait pas d'illusions pour tromper les sens, mais pour manipuler la matière même du néant. Il puisait aux confins du plan des ombres, la moindre trace de lumière. Il errait, une lanterne d'argent à la main dont la mèche semblait se nourrir de sa propre substance, poursuivi par la certitude que si cette flamme fragile venait à vaciller, les horreurs indicibles qui l'observaient depuis le noir total s'engouffreraient enfin dans son monde.

C’est dans un moment de trouble qu’il avait dépeint à Lou-Wyll une bibliothèque antique de Mythdaë, dans laquelle il avait déjà vécu, mais comment un jeune de quinze ans aurait-il pu avoir déjà vécu dans une bibliothèque que personne n’avait entendu parler. Son trouble était à un stade sans appel, laissant croire que son récit n’était qu’une pure élucubration. Ce fut la dernière fois que Lou-Wyll entendu parlé de lui., car le soir venu il fit un rêve, si l’on peut appeler cela un rêve.

C’est dans les méandres d’un sommeil lourd, saturé d’effluves d’ozone et de parchemin ranci, que Lou-Wyll franchit les seuils cyclopéens de la Bibliothèque de Mythdaë. Ce n’était point une construction humaine, mais une architecture de cauchemar, où des piliers de basalte noir s’élançaient vers une voûte invisible, se perdant dans des hauteurs que la raison refuse de concevoir. Là, des rayonnages infinis, saturés de volumes reliés en des peaux dont on n'ose deviner l'origine, semblaient respirés d'un souffle lent et fétide. Le silence de Mythdaë n'était pas une absence de bruit, mais une présence étouffante, à peine troublée par le froissement de pages tournées par des mains invisibles. Dans cet antre, la lumière ne provenait d'aucune source discernable; elle sourdait des interstices entre les dalles, une luminescence maladive, d'un vert spectral, qui ne parvenait jamais à dissiper les ténèbres nichées dans les recoins. Lou-Wyll vit alors, avec une horreur glacée, que les ombres projetées par les étagères ne suivaient pas les lois de la géométrie connue: elles s'étiraient, se tordaient et semblaient chuchoter des secrets blasphématoires à l'oreille de ceux qui s'égaraient dans ce labyrinthe du savoir interdit. C'était là, dans cette cité morte de Mythdaë, qu'il comprit que la connaissance n'est qu'une flamme fragile vacillant dans une tempête de folie éternelle.

Le jeune illusionniste voulait sortir du cauchemar, l’odeur rance et âcre d’un incendie millénaire emplissait ses narines, puis dans cette même bibliothèque un livre resplendissait, il fallait qu’il l’ouvre qui lui touche et c’est ce qu’il réussit à réaliser. À ce moment loin des brumes du sommeil ordinaire, Lou-Wyll sentit qu’il fut admis au véritable cœur de la Bibliothèque de Mythdaë.

L’espace ne semblait plus confiné par des murs, mais par des structures de cristal pur et de lumière solide, s’élevant vers un zénith d’un azur éternel. Les piliers, autrefois perçus comme du basalte sombre, se révélèrent être d’immenses prismes d’onyx poli, captant et décomposant chaque éclat en un spectre de couleurs dont l'œil humain ne connaît pas les noms. Ici, le savoir n'était plus enfermé dans des peaux rancies, mais gravé sur des tablettes de lumière diaphane, vibrante d'une harmonie céleste.

L’endroit respirait une plénitude vibrante où chaque pensée trouvait son écho. La lumière n’y était pas une agression, mais une émanation bienveillante de la connaissance elle-même, une clarté qui ne laissait aucune place au doute ou à l'angoisse. Les ombres, loin d'être des gouffres de peur, n'étaient que de délicats dégradés, des contrastes nécessaires pour donner du relief à la splendeur des lieux.

Dans cette cité de lumière, Lou-Wyll comprit enfin que sa flamme fragile n’était pas un vestige de peur, mais l’étincelle d’une vérité plus vaste. Il vit que l’obscurité n’était qu'un voile d’ignorance que la moindre trace de cette splendeur pouvait transpercer pour révéler l'ordre magnifique de l'univers.

À son réveil, il sut, il entreprendrait la recherche de cette bibliothèque. Ce ne fut pas simple, au contraire, cependant ce n’est point un érudit qui lui donnait la première piste, mais bien un marin. Un demi-elfe lunaire du Cormanthor. Ce dernier lui confirmait qu’a la prochaine pleine lune, un navire du nom de « L’Ambroise » se rendait sur la côte, et qu’une fois arrivé qu’il fallait qu’il emprunte une pinasse du nom de « Thimaeron » commandé par la capitaine Silath Jillae et de son second Jiann dit « le bout ». Cette pinasse se rendait à Mythdaë.

Était-ce bien la même Mythdaë de son rêve, il n’en avait pas la moindre idée, néanmoins en lui, il y avait toujours cette petite flamme fragile qui refusait de s'éteindre. Lou-Wyll entreprit le voyage avec ses maigres ressources. Il dut participer aux manœuvres, trouver son utilité dans ce monde bien différent qu’il avait connu jusque-là. Les semaines passèrent, la fatigue prenait le dessus, le rude monde marin était plus éprouvant qu’il l’aurait cru, cependant quand il eut la confirmation qu’il y avait bien une bibliothèque à Mythdaë, cette fatigue lui paraissait plus supportable, jusqu’à la fin de l’avant-midi du 27 Flamerige 1373 ou le Thimaeron accostait sur l’île.

Une fois le pied sur le sol, tout le poids de sa fatigue s’abattait sur lui, le seul endroit pour s’en remettre était l'Hermine Accueillante.




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