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> Mythdaë, Lieux à l'intérieur de l'île de Mythdaë.
écrit le : Samedi 02 Mai 2026 à 20h47 par Yvhann
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Lou-Wyll

Il y a toujours une petite flamme fragile qui refuse de s'éteindre. Cette force intérieure qui permet de continuer à briller malgré les épreuves. Elle n'a pas besoin d'être un brasier pour exister; sa simple persistance suffit à repousser le noir total et tant que cette lueur existe, le champ des possibles reste ouvert. C'est ce qui reste quand tout le reste a été dépouillé. Dans cette cité-état indépendante de la péninsule aglarondienne, deux fragiles flammes existèrent, il y avait Lou-Wyll Hautefalaise et Elian de l'Âtre-Mort.

Ce dernier, un érudit qui a survécu à une catastrophe en se cachant dans les ombres, convaincu que la lumière la plus pure naît du contraste avec l'obscurité. Son destin ne fut point forgé dans les académies rutilantes, mais dans les replis fétides de la bibliothèque de ses ancêtres, là où les ombres s'étiraient avec une malveillance consciente. Rescapé d'un incendie aux lueurs surnaturelles qui dévora le domaine familial dans un brasier dont l'origine semblait défier les lois de la combustion terrestre, il en ressortit avec un regard d'un gris de cendre et une vérité glaciale.

Lou-Wyll l’avait croisé, du moins c’est ce qu’il crût et croit encore, car ce que nous nommons réalité n'est qu'un voile ténu, une vapeur diaphane flottant sur l'abîme. Elian ne projetait pas d'illusions pour tromper les sens, mais pour manipuler la matière même du néant. Il puisait aux confins du plan des ombres, la moindre trace de lumière. Il errait, une lanterne d'argent à la main dont la mèche semblait se nourrir de sa propre substance, poursuivi par la certitude que si cette flamme fragile venait à vaciller, les horreurs indicibles qui l'observaient depuis le noir total s'engouffreraient enfin dans son monde.

C’est dans un moment de trouble qu’il avait dépeint à Lou-Wyll une bibliothèque antique de Mythdaë, dans laquelle il avait déjà vécu, mais comment un jeune de quinze ans aurait-il pu avoir déjà vécu dans une bibliothèque que personne n’avait entendu parler. Son trouble était à un stade sans appel, laissant croire que son récit n’était qu’une pure élucubration. Ce fut la dernière fois que Lou-Wyll entendu parlé de lui., car le soir venu il fit un rêve, si l’on peut appeler cela un rêve.

C’est dans les méandres d’un sommeil lourd, saturé d’effluves d’ozone et de parchemin ranci, que Lou-Wyll franchit les seuils cyclopéens de la Bibliothèque de Mythdaë. Ce n’était point une construction humaine, mais une architecture de cauchemar, où des piliers de basalte noir s’élançaient vers une voûte invisible, se perdant dans des hauteurs que la raison refuse de concevoir. Là, des rayonnages infinis, saturés de volumes reliés en des peaux dont on n'ose deviner l'origine, semblaient respirés d'un souffle lent et fétide. Le silence de Mythdaë n'était pas une absence de bruit, mais une présence étouffante, à peine troublée par le froissement de pages tournées par des mains invisibles. Dans cet antre, la lumière ne provenait d'aucune source discernable; elle sourdait des interstices entre les dalles, une luminescence maladive, d'un vert spectral, qui ne parvenait jamais à dissiper les ténèbres nichées dans les recoins. Lou-Wyll vit alors, avec une horreur glacée, que les ombres projetées par les étagères ne suivaient pas les lois de la géométrie connue: elles s'étiraient, se tordaient et semblaient chuchoter des secrets blasphématoires à l'oreille de ceux qui s'égaraient dans ce labyrinthe du savoir interdit. C'était là, dans cette cité morte de Mythdaë, qu'il comprit que la connaissance n'est qu'une flamme fragile vacillant dans une tempête de folie éternelle.

Le jeune illusionniste voulait sortir du cauchemar, l’odeur rance et âcre d’un incendie millénaire emplissait ses narines, puis dans cette même bibliothèque un livre resplendissait, il fallait qu’il l’ouvre qui lui touche et c’est ce qu’il réussit à réaliser. À ce moment loin des brumes du sommeil ordinaire, Lou-Wyll sentit qu’il fut admis au véritable cœur de la Bibliothèque de Mythdaë.

L’espace ne semblait plus confiné par des murs, mais par des structures de cristal pur et de lumière solide, s’élevant vers un zénith d’un azur éternel. Les piliers, autrefois perçus comme du basalte sombre, se révélèrent être d’immenses prismes d’onyx poli, captant et décomposant chaque éclat en un spectre de couleurs dont l'œil humain ne connaît pas les noms. Ici, le savoir n'était plus enfermé dans des peaux rancies, mais gravé sur des tablettes de lumière diaphane, vibrante d'une harmonie céleste.

L’endroit respirait une plénitude vibrante où chaque pensée trouvait son écho. La lumière n’y était pas une agression, mais une émanation bienveillante de la connaissance elle-même, une clarté qui ne laissait aucune place au doute ou à l'angoisse. Les ombres, loin d'être des gouffres de peur, n'étaient que de délicats dégradés, des contrastes nécessaires pour donner du relief à la splendeur des lieux.

Dans cette cité de lumière, Lou-Wyll comprit enfin que sa flamme fragile n’était pas un vestige de peur, mais l’étincelle d’une vérité plus vaste. Il vit que l’obscurité n’était qu'un voile d’ignorance que la moindre trace de cette splendeur pouvait transpercer pour révéler l'ordre magnifique de l'univers.

À son réveil, il sut, il entreprendrait la recherche de cette bibliothèque. Ce ne fut pas simple, au contraire, cependant ce n’est point un érudit qui lui donnait la première piste, mais bien un marin. Un demi-elfe lunaire du Cormanthor. Ce dernier lui confirmait qu’a la prochaine pleine lune, un navire du nom de « L’Ambroise » se rendait sur la côte, et qu’une fois arrivé qu’il fallait qu’il emprunte une pinasse du nom de « Thimaeron » commandé par la capitaine Silath Jillae et de son second Jiann dit « le bout ». Cette pinasse se rendait à Mythdaë.

Était-ce bien la même Mythdaë de son rêve, il n’en avait pas la moindre idée, néanmoins en lui, il y avait toujours cette petite flamme fragile qui refusait de s'éteindre. Lou-Wyll entreprit le voyage avec ses maigres ressources. Il dut participer aux manœuvres, trouver son utilité dans ce monde bien différent qu’il avait connu jusque-là. Les semaines passèrent, la fatigue prenait le dessus, le rude monde marin était plus éprouvant qu’il l’aurait cru, cependant quand il eut la confirmation qu’il y avait bien une bibliothèque à Mythdaë, cette fatigue lui paraissait plus supportable, jusqu’à la fin de l’avant-midi du 27 Flamerige 1373 ou le Thimaeron accostait sur l’île.

Une fois le pied sur le sol, tout le poids de sa fatigue s’abattait sur lui, le seul endroit pour s’en remettre était l'Hermine Accueillante.




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écrit le : Dimanche 03 Mai 2026 à 21h25 par Euskara
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Durant tout le trajet jusqu’à l’auberge, Euskara donna le change, bavardant et souriant mais le sentiment de l’insupportable qu’elle venait de vivre lui pesait de plus en plus. La présence de Pierre ne faisait que renforcer ce sentiment. Jusqu’à là elle avait pu garder l’impression qu’elle avait basculé dans un autre monde mais que puisque ceci s’achevait, il lui serait possible de revenir à la situation antérieure et d’effacer ce qu’elle venait de vivre comme l’aube efface le cauchemar que le sommeil de la nuit a porté. Toutefois la présence de cet homme lui montrait sans échappatoire possible que les deux univers s’imbriquaient et que donc celui qu’elle avait toujours connu contenait cette réalité. Celle qu’elle venait de vivre et à laquelle elle ne comprenait rien.
A l’auberge, elle regarda celle qui leur proposait un menu avec des yeux vides, comme si toute cette scène lui semblait incongrue. A sa demande, elle se contenta de répondre :

- Non, merci. Rien pour moi. Je ne me sens pas très bien.
Ce dont elle avait vraiment besoin songeait-elle, c’était de dormir, de retrouver ses marques puis de rencontrer ceux qui pourraient lui expliquer ce qu’elle venait de traverser.
Elle resta à table quelques instants, se retenant et parce qu’elle trouvait en Gunlann un point de repère lui disant que ce qu’elle avait vécu était vrai.
N’y tenant plus elle se leva, adressa un bref sourire à Pierre et demanda s’il lui était possible de retourner pour la nuit dans la chambre qu’elle avait occupée. Elle ajouta qu’elle souhaitait ne surtout pas être dérangée jusqu’au matin mais qu’ensuite elle se rendrait là où on lui demanderait afin de raconter son histoire si tel était le souhait des maîtres du lieu.



Niveau 0 :
illumination / lumière / résistance / transmutation / assistance divine

Niveau 1 :
Brume de dissimulation / enchevêtrement / mur de fumée / main araignée

Niveau 2 :
Façonnage de la pierre / Transfert d'esprit animal / Bâton d'enchevêtrement
 
 
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écrit le : Mardi 05 Mai 2026 à 12h14 par Lou-Wyll
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Le bois du pont du Thimaeron avait fini par imprégner la peau de Lou-Wyll d'une odeur tenace de sel et de iode, un contraste brutal avec les effluves d'ozone et de parchemin de ses visions. Mais alors qu'il posait le pied sur le quai de Mythdae, ce n'était pas le sel qu'il sentait. C'était cette vibration, cette dissonance entre la cité de basalte cauchemardesque et le sanctuaire de cristal de son rêve. Laquelle des deux versions se cachait derrière les façades de cette cité ?

Lou-Wyll ajusta son sac, sentant le poids de son grimoire contre sa hanche comme une ancre de réalité. Ses muscles hurlaient, et ses yeux, rougis par le vent du large, cherchaient désespérément une lueur familière dans ce paysage inconnu.
L'enseigne de l'Hermine Accueillante grinçait doucement sous la brise de la fin de matinée. À l'intérieur, la pénombre était fraîche, une bénédiction après l'éclat cru du soleil sur l'écume. Lou-Wyll s'installa à une table isolée, dans un coin où les ombres semblaient, pour une fois, rester à leur place.

Fatigué, il sortit sa pipe, mais ne l'alluma pas tout de suite. Il observa Volute, son renard, qui s'était glissé sous le banc, les oreilles basses, tout aussi épuisé par le voyage.


- Un vin chaud... ou n'importe quoi qui ne goûte pas l'eau saumâtre, murmura-t-il d'une voix enrouée à l'attention de l'aubergiste qui s'approchait.

Alors qu'il attendait sa commande, le regard de Lou-Wyll se perdit dans les volutes que sa pipe créer lors de ses premières prises d’air, tirant sur le bec. Les volutes de fumées dansaient dans un rayon de lumière traversant la salle, laissant une douce odeur de violette. Il repensa à Elian, à sa lanterne d'argent et à cette bibliothèque dont le nom seul semblait agir comme un sortilège de conjuration. Y trouverait-il des informations sur la puissance de matérialiser l’illusion ?
Soudain, le silence de l'auberge fut rompu par le rire gras d'un marin au bar, mais pour Lou-Wyll, ce son sembla lointain, étouffé, comme si les murs de l'Hermine commençaient déjà à s'étirer pour ressembler aux piliers de ses songes. Il ferma les yeux un instant, luttant contre l'épuisement.


- Mythdae... souffla-t-il pour lui-même, testant la réalité du mot. « Voyons si tu respires vraiment, ou si tu n'es qu'une page de plus dans le livre d'Elian. »

Il savait qu'une fois reposé, la première étape ne serait pas les tavernes ou les marchés. Ce serait de trouver cette bibliothèque. Mais il devait d’abord en apprendre plus sur la cité-Etat. Il s’était aventuré à l’aveugle, comme à son habitude. La passion avant la raison. Tirant une nouvelle fois sur sa pipe en attendant de quoi boire, et se détendre définitivement, l’illusionniste pris le temps d’observer la salle. Mais à part des têtes maintenant trop familières de marins, il y avait que des mines déconvenues. A l’image d’une femme quelques tables plus loin qui semblait bien contente de prendre congé de ses amis de tablé. Mythdaë usait-elle les plus braves gens ? Il avait hâte de découvrir tout ça.



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écrit le : Jeudi 07 Mai 2026 à 18h26 par Yvhann
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Euskara prit congé rapidement au lieu de profiter d’un repos et d’un bon repas qui aurait sans doute permis de s’offrir le loisir de faire un peu de social après tant de journées sous terre et confins à un petit groupe. Cette phase de décompression lui aurait évité l’épuisement. Son cerveau qui était en mode survie avait demandé beaucoup d’effort et physiquement, la dame démontrait une fatigue que même Pierre ne pouvait l’aider. Ce dernier lui conseillait toutefois de contrôler sa respiration en inspirant 4 secondes en la retenant 7 secondes et en expirant 8 secondes, de prendre une bon bain chaud, de faire un vide mental et même d’écrire ce qu’elle ressentait aux propos de cette aventure, ce qui lui permettrait de libérer son cerveau de ses pensées en plus de servir de rapport, d’être indulgente avec elle-même puis de se reposer le temps voulu et qu’il serait là à son retour pour aller jardiner avec elle, si bien entendu, elle acceptait.

Pierre était aux petits soins avec Dame Euskara et ses conseils valaient pour tout ceux présents à la table. Il était évident que Pierre était un homme pour les autres.

Une fois Dame Euskara partit se reposer, il ne restait que Gunlann et Pierre à la table. Ce dernier ne posait pas de question à la compagne de table, mais faisait quand même la conversation de ce qui s’était passé. Il semblait inquiet de la santé de Dame Euskara et il était évident qu’il avait certains sentiments envers cette dernière. Après le repas il s’excusait auprès de son accompagnatrice de table, lui souhaitait une bonne fin de soirée, se levait puis allait au bar demander son ardoise et réserver une chambre.

Durant ce laps de temps, une jeune fille entrait équiper d’un luth. Elle saluait les présents qui semblaient la connaitre pour la plupart et allait voir ici et là les occupants pour prendre le pouls du moment, effectuant ainsi une bonne préparation pour sa prestation qui ne tarderait pas.

Olivia, la serveuse, revint à la table de Lou-Wyll pour le servir à nouveau puis lui demandait s’il voulait réserver une chambre. Cette blonde aux cheveux longs toujours retenus par une grosse natte, revenant sur son épaule, semblait dégourdie et un brin taquine. Elle cliquait des doigts et une flamme apparut sur la mèche de la bougie de la table. Son sourire franc s’affichait sur ses lèvres pulpeuses et semblait fortement fier d’avoir réussi encore une fois, sa magie innée.
– Ha je commence à saisir. – Dit-elle à Lou-Wyll et ajoutait plus bas… - Mais ne le dites pas à mon père, il à peur que je mette le feu aux écuries. –Dit-elle en souriant à pleine dent.

Les marins ne tardèrent pas et sortirent tôt. Ne restait plus que quelques clients qui logeaient à l’Hermine lorsque la barde se mit à effleurer les cordes de son luth. Elle avait un don, car son chant était doux et le son de son luth ne dépassait pas les conversations présentes.

Au bar, Pierre de Pourpoint, ce gentilhomme parlait à un résident de Mythdaë, un semi-elfe du nom d’Erwan d’Ulver qui possédait avec sa femme le Bazar, de sa dernière mission d’être allé chercher des bûcherons qui avaient été enlevés par une bande de gobelin, d’orques et de derros et qu’il avait combattu une engeance de drider-vampire. Cet homme semblait un guerrier fin, stylisé et avait un parler courtois et sans prétention, il avait une broche d’argent représentant un corbeau sur le pan de sa veste de cuir noir, portait deux rapières et un large chapeau plumé. Visiblement les deux hommes ne se connaissaient pas, mais il y avait une bonne entente entre eux.

L’ambiance était des plus reposante et conviviale. À la table non loin était resté seul, une naine du nord. La suivante d’Ulutiu qui regardait des plans et quelquefois y inscrivait des retouches.

La soirée avançait, bercée par le chant, la musique, les dires de l’un et de l’autre et de quelque bâillement ici et là.




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écrit le : Dimanche 10 Mai 2026 à 15h01 par Lou-Wyll
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Lou-Wyll observa la scène avec ce détachement calme qui le caractérisait, bien que la fatigue pesait sur ses paupières comme du plomb fondu. Il avait écouté, presque malgré lui, les conseils de respiration de l’homme à la table adjacente. 4, 7, 8... Un rythme mécanique pour apaiser une âme en déroute. Il nota mentalement la bienveillance de cet homme, dont la broche en forme de corbeau scintillait sous les lueurs de l'auberge. Un guerrier courtois, maniant la rapière et le verbe avec la même finesse ; un spécimen rare dans ces contrées souvent plus rudes. Un instant intrigué par la broche, le magicien se demanda s’il n’avait déjà croisé ce symbole auparavant ?

Le départ d'Euskara laissa un vide étrange à la table voisine, une tension qui s'évaporait pour laisser place à la routine de l'Hermine.
L'arrivée d'Olivia arracha un léger sourire à l'illusionniste. Il regarda la flamme apparaître sur la bougie, un tour de magie innée, brut et sans artifice, si loin des complexités mathématiques de ses propres sorts d'illusion.


- Votre secret est en sécurité avec moi, répondit-il d'une voix traînante, le regard amusé par la fierté de la jeune femme. « La maîtrise commence souvent par une étincelle que l'on cache. Mais pour la chambre, oui... Je crains que si je reste assis ici plus longtemps, je finisse par faire partie du mobilier. Une chambre simple, loin du bruit des cuisines si possible. »

Il la regarda s'éloigner, puis reporta son attention sur la salle. La barde commença à jouer, ses doigts courant sur le luth avec une légèreté qui semblait lisser les angles saillants de la fatigue de Lou-Wyll. La musique agissait comme un baume, étouffant les récits des autres clients qui animaient auberge.

Non loin, la naine restait seule à la table d’où Euskara avait pris congé, annotait ses plans avec une concentration qui força le respect de Lou-Wyll. Lui aussi aimait la précision, mais il était moins méthodique, laissant une plus grande place à l’imprévu.

Il finit par tapoter doucement le rebord de sa pipe sur le bois de la table. La chaleur de l'auberge, le ronronnement des conversations et la mélodie douce finissaient par engourdir ses sens.


¤ Pour ce soir, Mythdae ressemble surtout à un refuge, ¤ se fit-il la réflexion.

Il attendit qu'Olivia revienne avec sa clé, pour commencer ses recherches, histoire de ne pas dormir sûr place :


- Dites moi, collègue manipulatrice des arcanes, avez-vous eu vent d’une bibliothèque à Mythdaë ?

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Test de connaissance mystère sur la broche de Pierre.



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écrit le : Lundi 11 Mai 2026 à 20h34 par Yvhann
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Cliquez ici pour dérouler le parchemin...



Olivia rougit aux paroles de Lou-Wyll et répondit… - Parfois, les idées originales sont étouffées par l'influence extérieure, l’autorité paternelle ne m’arrange pas trop. –

Dit-elle enjoué et ajoutait dans un presque silence…- L'étincelle n'est que le début; elle doit être entretenue par la discipline et le travail acharné pour se transformer en véritable maîtrise, souvent invisible aux yeux de tous dans un premier temps. –

Confirmant le tout avec un clin d’œil taquin. Elle repartait vers le comptoir et discutait avec Jall au bar avant de revenir vers Lou-Wyll.-Voici votre clé, c’est la dernière chambre au bout du couloir un bain chaud sera versé d’ici peu et un feu dans la cheminée sera allumé. Ce soir, si vous ouvrez la fenêtre, vous entendrez les ressacs sur la berge. –

Dit-elle en remettant la clé en main propre au voyageur, puis elle allait retourner à ses occupations de service lors qu’elle retint son pas et ajoutait… - Pour les livres et parchemins il y a chez Bucmir Brandedil, le gnome apothicaire de l’herboristerie, il y a aussi Le Bazar tenu par Sandra Feuillelune accompagné d’Erwan d’Ulver ainsi que la grande bibliothèque, Iss-que qui est située à l’opposé du temple d’Ilior’Thro’Ess, cependant messire il vous faudra en faire la demande a Aël’Telàwërith Eowëlathaèldir du clan Aëryndra, Seigneur de Mythdaë, Armathor de Thüldae, Faern‑suoress de Corellon Larethian qui lui, le demandera au Maître des Livres Oubliés, Ranaeril Daeditha. Il va vous falloir aiguiser votre patience et faire la demande avec adresse, car n’entre pas qui veut dans cette bibliothèque. –

Elle avait un air sérieux tout au long de ses dires puis pouffait de rire en ajoutant… - Mais ne vous en faites pas, vous semblez plus érudit que guerrier, il ne devrait pas avoir de problème, juste à vous rendre demain à l’aube au réfectoire du temple Iilor Thro’Ess et demander Silenna Myevar, elle fera passer votre demande. -

Elle fit une prestance et dit simplement… - Je termine bientôt mon service, si vous avez besoin d’autre chose, n’hésitez pas et bonne nuit messire. –

Nonchalante Olivia allait faire le tour des tables pour les débarrasser et nettoyer celles-ci.

Les quelques clients quittèrent pour leur chambre et/ou pour leur demeure respective, la barde ne tardait pas à quitter puis le gentilhomme en noir sorti une pipe d’os, l’empli d’un tabac odorant, allait se prendre une brindille pour l’allumer avant de sortir doucement de l’auberge pour aller profiter de la fin de soirée et de l’air frais de la rivière.

La broche que portait le paladin prit un temps avant de bien saisir l’origine. Le corbeau étant un oiseau commun, son image était des plus utilisés, cependant en forme de broche, Lou-Wyll se souvenait d’en avoir déjà vu une a la capitale et qu’au soir venu un barde en avait chanté les louanges. Il se souvenait avoir entendu que les porteurs étaient, pour la plupart, des paladins de l’Ordre du Corbeau et qu’avant eux c’était un Ordre de moine. Pour la plupart, d’anciens êtres déchus qui ont trouvé la voie de la lumière. L’Ordre natif de la Rashéménie serait maintenant dissout, cependant, quelques porteurs continueraient d’œuvrer de façon indépendante. Ils aideraient ici et là au gré de leurs fois qui diffèreraient d’un individu à l’autre.

Euskara était entré dans sa chambre et elle n’y crut pratiquement pas… tant de confort après un épisode froid à dormir sur des roches. Le bain était chaud, le feu de la cheminée apportait un luxe inattendu. La Dame put prendre tout son temps pour se reposer et profiter du moment.



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écrit le : Samedi 16 Mai 2026 à 13h11 par Lou-Wyll
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Lou-Wyll prit la clé des mains d'Olivia, ses longs doigts effleurant le métal froid. Il nota avec une pointe d'ironie intérieure la longueur interminable des titres du Seigneur de Mythdae ; les nobles elfe-lunes semblaient mesurer leur importance au nombre de syllabes de leurs fonctions. C’était tout de même une belle prestation que de les cités sans fourcher sa langue. La jeune serveuse avait du talent.

- Merci, Olivia. Pour tout, dit-il avec un hochement de tête sincère. Silenna Myevar, au temple... Je tâcherai de m'en souvenir, même si mon esprit est ce soir embrumé de mon voyage.

Il la regarda s'éloigner, amusé par sa répartie sur sa nature d'érudit. Elle n'avait pas tort : face à un Gnoll, Lou-Wyll serait probablement plus utile avec un livre qu'avec une épée, bien qu’il aspirait a ce que ses ombres puissent devenir plus tranchantes que l'acier.

Alors que l'auberge se vidait, le magicien laissa son regard dériver vers la porte par laquelle le gentilhomme au corbeau venait de sortir. L'Ordre du Corbeau... Le souvenir remontait enfin, une vieille chanson entendue dans une capitale lointaine. Des déchus cherchant la rédemption. C'était fascinant. Dans son monde d'illusions, Lou-Wyll savait que les masques étaient rarement ce qu'ils semblaient être, mais un paladin né de l'ombre pour servir la lumière était une dualité qui ne pouvait que piquer sa curiosité.


- Demain, les titres et les temples, Volute, murmura-t-il au renard. Ce soir, le ressac et le feu de cheminée. Mais avant tout, allons tirer une dernière brindille de tabac au clair de lune. Voir ce que les rencontres à travers les volutes de pipes nous réserve.

Lou-Wyll glissa la clé dans sa poche, fit un signe discret à Volute de rester près de la table, et sortit à son tour dans la nuit fraîche.

À quelques pas de l'entrée, la silhouette du paladin se dessinait dans la pénombre, entourée par les volutes odorantes de son tabac. Lou-Wyll sortit sa propre pipe, prit le temps d'en bourrer le fourneau d'un geste méthodique, puis s'approcha à pas feutrés, sans chercher à dissimuler sa présence.

Il tira une première bouffée, observant le reflet de la lune sur l'eau d’un abreuvoir, avant de rompre le silence d'une voix basse et traînante, parfaitement calme.


- On dit que les corbeaux de Rashéménie volent loin de leur nid, mais je ne pensais pas en croiser un sur les rives de Mythdae.

Il tourna un regard gris et tranquille vers Pierre, laissant un sourire courtois s'esquisser sur ses lèvres.

- Je me nomme Lou-Wyll. Permettez-moi de saluer un homme qui, semble-t-il, sait aussi bien apaiser les âmes en déroute qu'affronter le néant sous terre.

Lou-Wyll qui avait fait référence aux brides de discussion du Paladin, qu’il avait réussit à capter dans l’auberge, attendit la réaction de ce dernier, savourant le parfum mêlé des deux tabacs sous le ciel nocturne.



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écrit le : Lundi 18 Mai 2026 à 22h07 par Yvhann
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La nuit était claire et fraiche, laissant les odeurs naturelles de l’île s’intensifier avec l’humidité du soir. Les arômes des deux tabacs se mêlèrent apportant un encens nouveau au lieu, une forme de mariage éphémère apportait alors un moment d’échange.

Aux dires de Lou-Wyll, Pierre ne tournait pas immédiatement la tête. Il restait un instant immobile, accoudé à la vieille pierre humide de l’abreuvoir, comme s’il écoutait d’abord le vent plutôt que les paroles de Lou-Wyll. La braise de sa pipe pulsa doucement dans l’ombre.

Le grand corbeau noir perché non loin sur la tête d’un mélèze ouvrit un oeil luisant à l’approche du mage, puis repliait ses ailes sans un cri, restant un témoin silencieux. À ce moment, le paladin soufflait une lente volute argentée vers le ciel nocturne.


- Rashéménie… Voilà longtemps que je n’ai plus entendu ce nom prononcé sans méfiance ou sans peur. – Dit-il avec une voix grave, fatiguée sans être faible. Celle d’un homme qui avait beaucoup marché sous des pluies froides.

Il tournait alors le visage vers Lou-Wyll. À la lumière vacillante de l’auberge derrière eux, ses traits paraissaient austères, presque taillés dans le granit, mais ses yeux démentaient cette dureté. Ils avaient cette étrange lassitude des hommes qui avaient vu l’horreur trop souvent… et qui continuaient malgré tout à tendre la main aux autres.

Le regard du paladin descendit un instant vers la pipe du magicien.


- Deux amateurs de fumée sous la même lune. Voilà déjà une meilleure rencontre que la plupart de celles que m’offre la route. - Un mince sourire passait sur ses lèvres avant de disparaître presque aussitôt.

- Pierre De Pourpoint, Chevalier pénitent de l’Ordre du Corbeau… ou ce qu’il en reste. –

Il observait alors Lou-Wyll avec davantage d’attention. Pas comme un guerrier jaugeant une menace, mais comme un homme essayant de comprendre ce qui se cachait derrière une silhouette calme et des mots soigneusement choisis.


- Vous avez l’oreille fine, maître Lou-Wyll. Peu de gens prêtent attention aux conversations d’autrui sans ensuite prétendre qu’elles ne les intéressaient pas. -

Il tapotait sa pipe du bout d’un doigt ganté avant de poursuivre intéressé... - Quant au néant sous terre… je crains qu’il ne s’agisse moins d’un courage particulier que d’une mauvaise habitude. –

Plus haut sur le mélèze, le corbeau croassait doucement, comme pour appuyer la remarque. Pierre levait les yeux vers lui avant de reprendre… - Mais vous n’êtes pas sorti simplement pour commenter les oiseaux de mon ordre ou mon talent supposé pour calmer les âmes. Les érudits voyagent rarement sans raison. Encore moins ceux qui parlent comme des poètes fatigués. –

Un silence passait entre eux, rythmé seulement par le ressac lointain et le craquement d’une enseigne battue par le vent marin. Puis Pierre ajoutait, d’un ton plus posé… - Alors, dites-moi… qu’est-ce qu’un homme des ombres cherche réellement sur les rives de Mythdae? -

Un croassement se fit entendre, comme si la réponse qui viendrait, serait scruté et passé sur une balance.



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écrit le : Lundi 25 Mai 2026 à 21h31 par Euskara
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Perdue dans sa chambre, Euskara n’y avait qu’un point de repère : Louve.
L’animal, son amie, semblait la seule trace de douceur, le seul point d’appui amical sur lequel elle pouvait s’appuyer. Elle avait traversé toutes ces épreuves avec elle et elle lui était comme fil d’or la reliant à sa vie d’avant. Cette vie où tout n’était pas rose mais où tout était plus simple. Certes, Louve avait brusquement grandit, comme si elle était passée de louvette à louve une seconde fois. Etrange, mais si peu au regard de tout ce qu’elle venait de vivre. Et après tout, elle aussi, Euskara, n’avait-elle pas aussi changé ? Voilà qu’elle commençait à se demander s’il n’y avait pas en elle quelque chose de bizarre. Elle avait réalisé des choses dont elle n’aurait même pas pu soupçonner qu’elle existait et encore moins qu’elle en était la cause même si, encore et toujours, elle ne comprenait pas comment cela était possible et comment elle le réalisait. Toutefois, peu à peu, elle en acceptait la réalité.
Euskara, assise sur son lit se leva, elle s’approcha de la fenêtre et regarda les reflets légers du fleuve dans la nuit.
Même cet endroit était singulier, mais toutefois il était assez normal pour que son esprit considère qu’il appartienne au même monde que celui auquel elle appartient. Elle contempla longuement. Elle savait qu’il lui faudrait du repos, du temps pour assimiler tout ceci et pour que en son esprit puisse se reconfigurer la réalité du monde dans lequel elle vivait et dont elle prenait à présent conscience qu’il ne représentait qu’un fragment, peut-être minuscule, de la réalité.
Il lui faudrait aussi des explications. Il y avait sans doute, oui, sans presque aucun doute des gens ici qui pourraient lui expliquer ce qu’elle venait de vivre. Ceci serait une étape importante pour la reconfiguration mentale qui, de façon impérieuse, s’ouvrait devant elle. Cela était d’autant plus important que personne n’avait depuis cette réunion sur les bords du fleuve, depuis que Pierre l’avait laissé, vécu la même chose qu’elle. Kleli et son autre compagnon avaient eu des chemins qui avaient bifurqués.
Oui, des explications seraient ici sa première priorité et comme tout ici semblait s’inscrire dans un cérémoniaire compliqué dont elle ne comprenait ni les rites ni les gens qui en faisaient le spectacle, il lui faudrait accepter de prendre du temps. Elle essayerait d’en profiter pour mieux comprendre cet endroit et ce qui s’y vivait.
Combien de temps, elle resta ainsi. Elle n’aurait su le dire. Louve qui avait sans doute compris, restait assise… puis s’allongea.
Euskara avait mal aux jambes. Cela devait sans doute faire longtemps qu’elle était debout. Elle s’éloigna de la fenêtre, s’allongea au-dessus de ses draps et resta ainsi immobile, les yeux grands ouverts, contemplant un plafond qu’elle ne voyait pas. Ses yeux se fermirent tout seuls. Son sommeil fut si lourd qu’elle ne sut plus s’il avait été sans rêves ou peuplé de cauchemars.
Lorsqu’elle ouvrit les yeux, le jour était déjà bien installé.
Elle resta allongée. Il lui semblait qu’elle n’avait pas bougé, Louve toujours à ses côtés.
Se levait lui pesait car il lui semblait qu’il allait lui falloir affronter des épisodes qu’elle n’avait pas envie d’aborder.



Niveau 0 :
illumination / lumière / résistance / transmutation / assistance divine

Niveau 1 :
Brume de dissimulation / enchevêtrement / mur de fumée / main araignée

Niveau 2 :
Façonnage de la pierre / Transfert d'esprit animal / Bâton d'enchevêtrement
 
 
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écrit le : Mardi 26 Mai 2026 à 16h49 par Yvhann
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Euskara qui était dans un état de sidération intérieur semblait ne voir que Louve comme ancrage émotionnel. La fatigue psychique profonde, la dissociation douce entre perception et compréhension, la façon dont Euskara intellectualisait peu à peu ce qu’elle vivait pour ne pas sombrer, lui donnait l’impression que le monde s’était agrandi d’un coup, au point de devenir vertigineux. Mais Pierre avait pourtant fait son possible pour s’approcher d’elle, cependant elle restait aveugle au fait.

Le phénomène très humain de la Dame créait une distance intéressante entre son émotion et sa tentative de rationalisation, puis la nuit pressante et les derniers évènements suffire à la faire sombrer dans le sommeil. Rêves, cauchemars, évènements passés, présents, laissèrent peu de souvenirs, à son réveil.
Une sensation d’avoir la bouche sèche, les membres engourdis, la lumière trop vive et l’impression d’être « revenue » trop brutalement dans le monde lui ramenait cette sensation d’un poids psychologique. Le jour paraissait presque agressif après la profondeur obscure de son sommeil, ayant la sensation pénible d’avoir dormi sans réellement se reposer.

Louve avait changé de place, mais toujours couché, elle aussi fatigué des grands changements qui c’était opéré dans les derniers temps.

Encore couchée, à ce lever de soleil, Dame Euskara avait le loisir d’étirer le moment de repos et elle repensait à sa vie d’autrefois qui lui semblait lointaine, presque disparue. Elle était devenue dernièrement grand-mère et aventurière, un homme au nom de Pierre de Pourpoint était apparu dans sa vie et ce dernier n’avait pas caché son intérêt pour elle, mais… la Dame ne semblait pas parée à cela. Elle lâchait un soupir qui l’apaisait, fermait de nouveau les yeux, se laissant baigner dans cette lumière matinale douce au son des ressacs sur la berge. Bercée, la plénitude s’installait.

Le sommeil la reprit sans lutte. Ce ne fut pas la chute brutale dans l’inconscience qui l’avait emportée plus tôt la veille, mais quelque chose de plus doux, de plus profond. Comme si une main invisible avait lentement fermé ses paupières pour elle.

Le poids dans sa poitrine se relâcha, le silence vint d’abord, puis le vent. Un vent tiède, chargé d’odeurs qu’elle ne connaissait pas entièrement; pierre claire chauffée par le soleil, fleurs nocturnes, eau vive et feuillage ancien. Lorsqu’Euskara ouvrit les yeux, elle ne se trouvait plus dans sa chambre, elle marchait.

Sous ses pieds s’étendait une longue voie blanche aux reflets nacrés. Elle semblait taillée dans une pierre si pure qu’elle retenait la lumière au lieu de simplement la réfléchir. Elle savait où elle était, ici, même à Mythdaë, elle le sut sans que personne ne le lui dise.

La cité respirait une paix ancienne. Une paix conquise depuis longtemps, entretenue avec patience, comme une flamme protégée des tempêtes. Des elfes passaient parfois au loin. Aucun ne la regardait avec méfiance. Certains inclinaient légèrement la tête sur son passage, comme si sa présence n’était ni étrange, ni indésirable, mais simplement attendue. Louve marchait à ses côtés. Son pelage était plus vaste encore qu’à l’ordinaire, traversé de reflets argentés mouvants comme ceux de la lune sur l’eau. Pourtant, Euskara n’avait pas peur. Au contraire, la présence de la grande louve emplissait son cœur d’une sérénité qu’elle n’avait plus ressentie depuis longtemps.

Le chemin les mena jusqu’à une vaste terrasse ouverte sur le fleuve. Là, le monde semblait irréel. Les eaux sombres reflétaient des constellations impossibles, non pas celles du ciel connu, mais d’autres étoiles, plus lentes, plus profondes, dérivant sous la surface comme si le firmament dormait aussi dans les abysses.

Une musique lointaine flottait dans l’air. Rien d’un chant véritable, mais plutôt une succession de notes si légères qu’elles semblaient naître directement du vent dans les feuilles.

Alors, ils apparurent. Des silhouettes pâles, presque translucides, se dessinèrent autour de la terrasse. Sans être des fantômes ni des êtres de chair… juste des présences. Leur forme changeait doucement comme de la brume éclairée par l’aube. Euskara sentit immédiatement qu’ils n’étaient pas hostiles, bien au contraire. Une chaleur tranquille se répandit en elle à mesure qu’ils approchaient.

L’un des esprits leva une main lumineuse vers la cité, et Dame Euskara vit. Elle se vit marcher dans ces rues sans crainte. Elle se vit rire auprès d’un feu entouré de visages familiers, elle se vit apprendre, lire des cartes anciennes, comprendre des langues oubliées, observer les étoiles depuis de hautes tours blanches ouvertes au ciel nocturne, elle se vit courir dans les bois du Cormanthor aux côtés de Louve devenue immense, presque mythique, elle se vit construire un jardin magnifique encore jamais égalé en beauté. Puis d’autres visions vinrent, brèves, un arc entre ses mains, une lame fine reflétant la lune, une salle circulaire emplie d’érudits elfes qui l’écoutaient en silence. Le regard fier de quelqu’un qu’elle ne connaissait pas encore. Et surtout… une sensation d’appartenance. Comme si le monde, après l’avoir rejetée vers des rivages inconnus, avait finalement cessé de lui être étranger. Les esprits ne parlaient pas avec des mots, mais elle comprenait malgré tout. Ils ne lui promettaient pas une vie sans épreuves. Ils lui montraient autre chose qu’elle survivrait, qu’elle grandirait ici avec sa famille et que les changements en elle n’étaient ni une malédiction ni une erreur. Qu’il existait à Mythdaë des chemins qu’elle n’était pas encore capable d’imaginer. Alors la dernière des présences s’approcha, plus lumineuse que les autres. Ses contours rappelaient vaguement ceux d’une femme elfe drapé de clarté lunaire. Elle posa doucement une main contre le front d’Euskara, et tout le rêve sembla s’emplir d’une lumière blanche opale et calme. Une pensée traversa alors son esprit, claire comme l’eau vive « Ce qui s’éveille en toi n’est pas une fin. C’est une naissance. »

Le vent souffla de nouveau, les arbres murmurèrent et Euskara dormit enfin sans peur, entouré de sa famille dans une joie encore jamais égalée.

L’odeur du pain frais et autres effluves floraux doux comme la rose, jasmin, pivoine, lys, ainsi que les poudrées comme la violette, iris et les fruitées-sucrées, telles les fleurs d'oranger et frangipanier, la réveillait doucement. Le soleil avait légèrement monté, mais pas tant et Louve était toujours à ses côtés, au sol.

Là, elle se sentit reposée, guérie et ressourcée. La Dame due reconnaitre, que Mythdaë avait un quelque chose de plus qu'ailleurs. Cette cité était un lieu à part ou l'avenir semblait possible, bienheureux et lumineux.



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